29
SEP 13

Mikado

Écorchée à la barre du métro
et entre ses lèvres
les morceaux ruminés, murmurés,
d'un poème d'elle et en prose
qui n'iront pas plus loin que le bout de son nez ce soir.

Et la nuit avance masquée.

04
SEP 13

Au bord de l'été

Perdu au fond de l'évier
      le lézard

            patineur désespéré.

Il n'y a plus de pluie au Japon
    alors le Bureau des Eaux de là-bas
        bombarde et ensemence les nuages au iodure d'argent. 

17
JUI 13

Des poissons au ciel

La Joconde ou des serpents, une tête de mort ou des araignées, le visage du Christ ou une clé de sol… Étranges peintures à l'encre bleu marine et sur la peau des femmes, l'été.
Se souviennent-elles, que plutôt qu'une médaille sainte, perdue 
hélas au premier grain venu, ce sont les marins de haute mer qui aimaient faire ainsi impression pour conjurer le mauvais sort ?

*

08
JUI 13

Voler

- Alors, plutôt que sauter du haut du toit et dans le vide, tout comme mes frères, moi, je me suis envolé.
- …
- Parce que c'était bien trop dangereux pour moi ce jeu-là, je lui dit.
C'est un bout de mon rêve de la nuit que j'aime lui raconter, là, ce matin. Parce que maintenant, j'aime rêver et me souvenir de mes rêves. Mais elle reste silencieuse.
- Et puis j'aime tellement voler ! j'ajoute alors.
- Comme si vous aviez un pouvoir magique ? elle lâche enfin, là, derrière moi.
- Oui, j'aime croire que j'ai parfois des pouvoirs magiques. Et, comme ça, mes rêves c'est pas des cauchemars !

03
JUN 13

Un chasseur a tué un lapin

- L'intime et l'étranger. La puissance de vieillir. Dites, ces livres-là, posés sous mon nez au pied de votre divan, pourquoi vous les changez parfois ou souvent ?
- …
- C'est un peu comme les pub qui tournent en bord de périph ! C'est le dehors qui agresse le dedans alors ! C'est l'étranger qui intruse l'intime. Pourtant, la pub c'est pas trop votre truc, hein !?
- …
Et soudain je pouffe de rire. Et je crois bien qu'elle rigole là derrière moi. Par contagion ou comme si j'avais trouvé un truc, une formule, pour la toucher enfin. Mais si je lui dis ça, elle va me renvoyer la question, genre : « Et votre mère, vous aimiez la faire rire ? » J'essaie pourtant :
- Je crois que là, vous rigolez un peu, non ?
- …
- Vous vous souvenez peut-être, la dernière fois, à la fin de la séance, je vous demandais comment ajouter du rire aux larmes ? Comment trouver la recette de l'humour ? C'est là que vous m'avez mis à la porte hélas. Tout ça parce que la séance était finie ! Alors que ça devenait enfin passionnant. C'est plutôt sadique vos scansions, non ?

18
MAI 13

Du bout de la langue

Il en a vraiment ras le bol de la drozophile qui  tague les airs, là, sous le toit de verre et qui, toujours, toujours, zigzague autour de lui. Alors il m'offre une Dionaea, cette plante qui attire en douce les mouches de coach et puis qui les dévore patiemment. Et le nom vulgaire de la Dionaea, c'est "Gobe mouche de Venus".

*

- Dis, tu crois pas que s'il y a tant et tant de mouches et de moucherons, là, sous ton bord de ciel, c'est à cause du Saint-Félicien et du reblochon dans ton frigo ? me dit-elle, elle qui ne gobe pas n'importe quoi.

*

14
MAI 13

Dis pourquoi ?

- Les cinq blessures qui empêchent d'être soi. Dis, pourquoi les coachs ils aiment tellement ce livre-là ? Elles sont multiples nos entailles et initiatiques nos blessures d'autrefois. Elles permettent aussi d'être soi, non ?

*

Elle aimait l'accrocher à un vieux clou dans un coin ou l'autre de la cuisine. Mais toujours bien en vue et à portée de main. Comme un morceau du ciel et des mauvais jours qui pourrait leur tomber sur la tête. En un éclair et sans vraiment comprendre pourquoi, au fond. Alors lui, entre chien et loup, il montait en douce sur le tabouret de Formica et il aimait prendre soin d'arracher une, deux et trois lanières, de couleur et de cuir, de cet outil de châtiment et d'alors. Et puis les cacher tout au fond du jardin. Et elle n'y voyait que du feu.

*

08
MAI 13

A quatre pas du paradis

La Roche-Migènes. C'est un nom comme des vacances d'été. Et c'est le nom de la gare au bout du bout des rails, là-bas, sur le chemin à quelques pas du paradis.
« C'est aussi hélas comme un ghetto, murmure-t-elle ; un non-lieu pour ceux de la compagnie qui sont parfois mis sur la touche, en secret et à jamais. »

*

26
AVR 13

Sur les routes en lacets

- Allez, venez, je vous emmène ?
Il la regarde en coin et se demande si c'est du lard ou du cochon ? Et puis, sans plus de chichi, il monte dans sa cage à moteur.
Petites routes de campagne sous la ouate des nuages. Cette femme-là aime conduire vite et bien. Mais il n'en mène pas large au dedans de lui. Virages serrés. Elle attaque fort et à la corde. Il s'affole et se tend comme un ressort. Et soudain le temps se trouble. Maintenant c'est comme hier.
Il a onze ans. Routes de forêt en lacets. Au clair matin en compagnie de la femme première. Elle emmène son chien de combat à un concours de beauté. Elle aimerait bien gagner un prix. Et soudain ça dérape et ça zigzague. 

08
AVR 13

Sous les nuages

Lui qui a choisit le métier de la terre aime tant et tant caresser ses creux et ses courbes ; aux lisières et tout au fond, tout le jour et jusqu'à la lune, dans sa cage à moteur.

*

- Qu'imaginez-vous que je n'aimerais pas de vous ?
C'est la question qui me vient là et de je ne sais où. (Enfin si ! Je sais maintenant ; ça me vient de là-bas, sur le divan, quand je demande si je suis aimable ou haïssable.) Question un brin saugrenue ici mais tellement bien faite pour elle, là. Elle qui voudrait gagner à tous les coups, à chaque shopping ; ce rituel en peuple coach qui chaque fois la tend comme un ressort, qui la met encore et toujours à l'épreuve dans son désir d'être aimée. Blessure qu'elle connaît bien, en long en large, de jadis et de celui qu'elle aurait tant aimé qu'il l'aime.

*

13
MAR 13

Sous les étoiles de neige

Hagards et aux aguets, comme si le ciel allait leur tomber sur la tête, ils surgissent, ils bondissent hors de la bouche de métro ; une main sur leur flingue, l'un couvre l'autre et vice versa. Enfants déjà, ces deux-là pillaient les troncs des églises. Alors ils hésitent un instant, ils épient à l'entour et puis non, finalement ils se résignent. Et ils balancent leurs sacs lourds de pièces et de billets dans le fourgon blindé de la Brinks.
Et chaque fois c'est pareil.

*

03
MAR 13

A un instant du printemps

Quand elle était enfant, elle se souvient que, une, deux et plusieurs fois dans la nuit, sa maman venait sur la pointe des pieds jusqu'à la porte de sa chambre et puis, tout doucement, elle murmurait son prénom. Entre deux rêves.
- Le faisait-t-elle pour toi ou pour elle ?
- Je ne sais pas trop. Pour nous deux, je crois.
Et d'ailleurs elle fait ça encore aujourd'hui, quand elle retourne là-bas dans la maison de l'enfance.

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07
FéV 13

Trois flocons de neige

La voisine sur l'autre rive du ciel a déposé son bouquet dans la gouttière. Son bouquet de mariée.

*

Il imaginait qu'il pourrait trouver là une salle d'attente ; alors il a sonné tôt, vraiment bien tôt ce matin. Même les trèfles à quatre feuilles étaient encore froissés avec si peu de la lumière du jour. « J'ai traversé une tempête pour venir jusqu'ici » me dit-il. Et il a encore dans ses cheveux un, deux, trois flocons de neige. Et la mélancolie dans ses yeux.

*