17
MAR 12

Au soleil

Attention, nous dit le voisin, bientôt le chasseur de souris rentrera bredouille de ses visites ici. Alors, sournoisement, il glissera ici et là, en bord de ciel, dans la cave ou dans l'académie de danse, un, deux, trois couples de rongeurs follement amoureux. Pour revenir ici, toujours, toujours.

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Sur le chemin vers le philosophe angélique, au soleil, une vierge noire. Et là, sur son sein, sur sa peau, un scorpion. A l'encre rouge, à l'encre bleue.

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21
FéV 12

Le goût du drame

Mon goût pour la poésie des mondes barbares, pour le drame et ses mots sensibles, c'était ma manière à moi de me protéger, de m'anesthésier. Ça a bien marché jusqu'alors. Mais aujourd'hui la mélancolie me lamine. Alors, me suggère le philosophe angélique, je pourrais ajouter de l'humour à la tragédie, explorer ainsi un genre nouveau. Et être autrement en amitié avec le noir au dedans et au dehors. Alors je cherche un stage de clown.

17
FéV 12

Murmures

Au beau milieu de la nuit, entre les persiennes closes, un rayon de lune glisse, glisse et joue sur le piano de draps.

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« Moins de mélancolie ! » C'est ce qu'elle voulait me souhaiter à l'orée de cette nouvelle année. Mais elle n'a pas osé, murmure-t-elle, imaginant qu'au fond de moi, j'aime bien les balades en abysses.

*
 

08
JAN 12

A l'orée de la nouvelle année

Malgré ses pierres à venin et ses gants mappa, le chasseur de souris repart encore bredouille et abbatu de l'Atelier.
Heureusement il ignore que c'est à l'étage au-dessous que les petits rats de l'Opéra aiment s'initier avec la danseuse étoile et le pianiste poète
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*
 

22
DéC 11

Les malfêteurs et le Père Noël

Du grenier à la cave, dans la cuisine, dans le jardin, talkie-walkies qui crépitent, lampes-torche qui taguent la nuit noire, relevés d'empreinte par çi et par là, des policiers partout dans la maison, comme dans les séries TV.
Entre chien et loup, ma tanière a été cambriolée.

19
NOV 11

La musique de l'âme

Belle et glamour, sage comme un ange, elle se laisse bercer comme un bébé dans le ventre du métro. Et au fond d'elle, et dans ses mains, le vice versa : "Cuisine sanglante". Noir extrême et couteau de boucher sur la première de couverture de son livre du moment.

*

« Ma vie est un échec » lâche-t-il soudain. Et moi, ce matin, je n'ai pas envie de mélancolie. « Ça prendra cinq minutes » ajoute-t-il, comme s'il avait entendu mes pensées secrètes. Et puis il plonge, longtemps, longtemps, dans les coulisses et les abysses de sa vie. Sa vie d'avant et d'aujourd'hui.

*
 

05
NOV 11

La saveur du fragile

Il y a un an, à cet instant du jour, un ange ami me tirait par la manche du côté de la vie.
Et, depuis, les instants d'âme qui s'écoulent dans mon sablier ont de plus en plus souvent la saveur du fragile et du tendre.

 

31
AOU 11

Ca toupille

« Fais attention ! Tu vas encore renverser ton bol ! »
Surprise dans les yeux de l'enfant qui contemplait l'aube du monde, là, dans le jardin entre ses cils.
Alors, tiré de sa rêverie comme chaque matin, il se demande si cette femme-là est magicienne ou sorcière ? Voyante ou simplement à cran ? Mais à cran de quoi ?

14
JUI 11

Au square et à l'entour

Les casseurs cassent tout au verso de l'atelier, alors coaching au square.
Habit de Zorro, trottinettes et cache-cache.
C'est l'âme de l'enfance qu'elle retrouve ici.
Et la séance s'arrête là, sans plus de détours ni de chichis.

*

Un ferronnier d'art désespéré, une dresseuse de loups blancs sans dessus ni dessous, un fonctionnaire de Dieu amoureux… Ils viennent s'échouer un instant ici, entre les ondes, le crépuscule et l'aube.

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11
JUN 11

Escroquerie

Colère et tristesse dans ses yeux. Cicatrice ancienne et ouverte dans le regard. Elle se déclare « victime collatérale de l'amour », de l'amour inconditionnel donné dans le colin-maillard des séances.
Tendresse originelle qui, certes lui a manqué jadis, mais
« qui, à vous aussi, avouez-le, vous a manqué ? Et que vous donnez à l'envi alors ! Comme pour vous guérir !? »

02
JUN 11

Le lin déjà froissé

Ce matin-là, dans le chaudron magique,
ni l'ogre en tutu ni la fée au couteau n'étaient au rendez-vous
Elle marche sur le parquet de chêne comme dansent les biches
Et la patineuse à glace glisse comme jadis
Il y a, dit-elle, une lumière de pluie sur le sentier des crêtes.

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21
MAI 11

Pages cornées

La bibliothèque est vide, enfin. Vide de tous les manuels techniques et pratiques, des guides et des grands livres du coaching, déposés là dans la blanchisserie, au fil des jours. Pourtant, à l'aube, l'inconnue laisse encore quelques uns de ses livres aux pages cornées :
Les furies et les peines
 À dos d'oiseau
  Quand le miroir s'étonne
    Les étoiles brûlées…
Avec toujours,
entre les mots, entres les lignes, un peu de son parfum.

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13
MAI 11

Trois grains d'éternité

Elle se tient là, désemparée, interdite. Élégante et égarée. Princesse là-bas en son pays de dunes et prisonnière, ici, dans les entrailles de la terre. Elle se tient là, entre les portes de verre et la barrière de tourniquets. Là où jadis le poinçonneur aurait aimé lui montrer le chemin. Elle n'est que regard en cet instant. Et ce regard-là pourrait retenir un, deux ou trois grains d'éternité dans le sablier du temps.
Je viens de là, dit-elle en me montrant du doigt la gueule noire et froide du tunnel. Et j'aimerai sortir. C'est alors que, sans un mot,
sous sa main, une des portes de verre et d'acier cède enfin et la mène vers le soleil.

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