14
JUI 11

Au square et à l'entour

Les casseurs cassent tout au verso de l'atelier, alors coaching au square.
Habit de Zorro, trottinettes et cache-cache.
C'est l'âme de l'enfance qu'elle retrouve ici.
Et la séance s'arrête là, sans plus de détours ni de chichis.

*

Un ferronnier d'art désespéré, une dresseuse de loups blancs sans dessus ni dessous, un fonctionnaire de Dieu amoureux… Ils viennent s'échouer un instant ici, entre les ondes, le crépuscule et l'aube.

*
11
JUN 11

Escroquerie

Colère et tristesse dans ses yeux. Cicatrice ancienne et ouverte dans le regard. Elle se déclare « victime collatérale de l'amour », de l'amour inconditionnel donné dans le colin-maillard des séances.
Tendresse originelle qui, certes lui a manqué jadis, mais
« qui, à vous aussi, avouez-le, vous a manqué ? Et que vous donnez à l'envi alors ! Comme pour vous guérir !? »

02
JUN 11

Le lin déjà froissé

Ce matin-là, dans le chaudron magique,
ni l'ogre en tutu ni la fée au couteau n'étaient au rendez-vous
Elle marche sur le parquet de chêne comme dansent les biches
Et la patineuse à glace glisse comme jadis
Il y a, dit-elle, une lumière de pluie sur le sentier des crêtes.

*

21
MAI 11

Pages cornées

La bibliothèque est vide, enfin. Vide de tous les manuels techniques et pratiques, des guides et des grands livres du coaching, déposés là dans la blanchisserie, au fil des jours. Pourtant, à l'aube, l'inconnue laisse encore quelques uns de ses livres aux pages cornées :
Les furies et les peines
 À dos d'oiseau
  Quand le miroir s'étonne
    Les étoiles brûlées…
Avec toujours,
entre les mots, entres les lignes, un peu de son parfum.

*

13
MAI 11

Trois grains d'éternité

Elle se tient là, désemparée, interdite. Élégante et égarée. Princesse là-bas en son pays de dunes et prisonnière, ici, dans les entrailles de la terre. Elle se tient là, entre les portes de verre et la barrière de tourniquets. Là où jadis le poinçonneur aurait aimé lui montrer le chemin. Elle n'est que regard en cet instant. Et ce regard-là pourrait retenir un, deux ou trois grains d'éternité dans le sablier du temps.
Je viens de là, dit-elle en me montrant du doigt la gueule noire et froide du tunnel. Et j'aimerai sortir. C'est alors que, sans un mot,
sous sa main, une des portes de verre et d'acier cède enfin et la mène vers le soleil.

*

10
MAI 11

Dans les pages noires

Elle, dans le serpent d'acier qui se glisse entre les creux de la vallée verte puis se traîne jusqu'à la station des catacombes, elle aime lire des romans noirs. Les meilleurs polars écrits par des stars du crime.
« C'est pour m'évader » me dit-elle. Pour oublier le grand échiquier sur lequel le jour, tout le jour, elle aime jouer ou danser. Elle joue à la marelle et danse la rumba ou le twist, le hip-hop ou le slow avec des policiers et des gendarmes. C'est pour leur apprendre à ne plus jouer ni aux voleurs ni à cache-cache avec l'argent de l'État.

25
AVR 11

Instants de voyage

Blottie au creux de son fauteuil, soudain elle fait le signe de la croix. Alors, mugissant, vrombissant, l'avion s'élance en bord de ciel.

*

16
AVR 11

En garde à vue

Le coaching est un art parfois bien cruel. Ainsi, quand le sablier du temps se brise en séance, quand le silence se pose enfin sur les cils et sur les lèvres, c'est la saveur de la grâce, tendre, réparatrice, qui surgit là, à fleur de peau, sans crier gare.

28
MAR 11

Dans le ventre de la terre

Le serpent d'acier quitte le pont sur la Seine et file à folle allure vers les entrailles de la terre. Et là, sur le strapontin, une jeune femme vêtue comme autrefois murmure des mots secrets et égrène, une à une, les perles d'un chapelet en bois d'olivier.
Tout contre elle, une autre femme gémit et crie dans son portable. Sa voix se fêle et s'enraye. Et maintenant
, sur ses joues, des larmes de rage ou de tristesse.

23
MAR 11

De la pointe des cils

« Les blessures d'anamour et les larmes, dit-elle, tracent des tatouages invisibles au creux de la chair. » Et elle, d'un clin d'œil, elle sait en deviner le dessin et la couleur. Et aussi la profondeur et le goût. Alors, de la pointe des cils ou des lèvres, elle voudrait effacer ces sillons secrets sur la peau de l'autre, patiemment, tendrement.

19
MAR 11

En cage

À deux pas du square bétonné, sous le métro aérien, ils ont mis des jeunes en cage. Et ceux-là hurlent et se cognent au tricot d'acier. Violemment. Ils courent en tout sens, frappent un ballon qui leur échappe à tout instant.
« Mais non ! Ils ne s'initient pas à l'oppression, me rassure Charlie qui connaît bien mon goût du drame. C'est juste un nouveau concept. »

14
MAR 11

Fantôme et fantasme

- Je suis avocat d'affaires et j'ai des soucis à l'âme, annonce-t-elle au téléphone. J'avais votre numéro là, sur mon bureau, depuis longtemps déjà, mais sans jamais oser vous appeler.
- Il vous faudra gravir cent marches pour arriver jusqu'ici, répond-il. Et le quartier est plutôt malfamé !

03
MAR 11

Retour en sous-bois

Ici, pour cultiver le dur et le laid, dès la plus tendre enfance, ils ont bétonné le square.

*

Elle a tricoté son écharpe avec cette laine bouclée, brute et un peu rugueuse, dont sont faits les doudous parfois.
Et pour tenir l'équilibre, pour tenir la barre d'acier, elle tire la manche de son manteau jusqu'à la pointe de ses doigts. Ça lui va comme un gant.

*