16
AVR 11

En garde à vue

Le coaching est un art parfois bien cruel. Ainsi, quand le sablier du temps se brise en séance, quand le silence se pose enfin sur les cils et sur les lèvres, c'est la saveur de la grâce, tendre, réparatrice, qui surgit là, à fleur de peau, sans crier gare.

28
MAR 11

Dans le ventre de la terre

Le serpent d'acier quitte le pont sur la Seine et file à folle allure vers les entrailles de la terre. Et là, sur le strapontin, une jeune femme vêtue comme autrefois murmure des mots secrets et égrène, une à une, les perles d'un chapelet en bois d'olivier.
Tout contre elle, une autre femme gémit et crie dans son portable. Sa voix se fêle et s'enraye. Et maintenant
, sur ses joues, des larmes de rage ou de tristesse.

23
MAR 11

De la pointe des cils

« Les blessures d'anamour et les larmes, dit-elle, tracent des tatouages invisibles au creux de la chair. » Et elle, d'un clin d'œil, elle sait en deviner le dessin et la couleur. Et aussi la profondeur et le goût. Alors, de la pointe des cils ou des lèvres, elle voudrait effacer ces sillons secrets sur la peau de l'autre, patiemment, tendrement.

19
MAR 11

En cage

À deux pas du square bétonné, sous le métro aérien, ils ont mis des jeunes en cage. Et ceux-là hurlent et se cognent au tricot d'acier. Violemment. Ils courent en tout sens, frappent un ballon qui leur échappe à tout instant.
« Mais non ! Ils ne s'initient pas à l'oppression, me rassure Charlie qui connaît bien mon goût du drame. C'est juste un nouveau concept. »

14
MAR 11

Fantôme et fantasme

- Je suis avocat d'affaires et j'ai des soucis à l'âme, annonce-t-elle au téléphone. J'avais votre numéro là, sur mon bureau, depuis longtemps déjà, mais sans jamais oser vous appeler.
- Il vous faudra gravir cent marches pour arriver jusqu'ici, répond-il. Et le quartier est plutôt malfamé !

03
MAR 11

Retour en sous-bois

Ici, pour cultiver le dur et le laid, dès la plus tendre enfance, ils ont bétonné le square.

*

Elle a tricoté son écharpe avec cette laine bouclée, brute et un peu rugueuse, dont sont faits les doudous parfois.
Et pour tenir l'équilibre, pour tenir la barre d'acier, elle tire la manche de son manteau jusqu'à la pointe de ses doigts. Ça lui va comme un gant.

*

12
FéV 11

Dans le métro

Des taches de rousseur posées çà et là sur ses joues, sur son nez. Déposées par un ange amoureux, de la pointe du doigt ou des lèvres. Et ici, dans sa chair, un sillon presque invisible. Le chemin des larmes.

04
FéV 11

Fin d'hiver

Le manager minute. Pour en finir avec la femme. Le livre noir de la psychanalyse… Ce sont quelques uns des livres que j'aime déposer là, sur une chaise, dans cette laverie sur le chemin de l'atelier. Des livres oubliés dans mon grenier, offerts jadis par des confrères qui me voulaient du bien et que jamais je n'ai trouvé le goût de lire.
La merveille et l'obscur. Le goût des jardins. Donne-moi quelque chose qui ne meure pas… Ce sont des livres que,
le jour d'après, je découvre là sur la même chaise. Il y a entre les pages parfois cornées un parfum inconnu et sensuel.

*

23
JAN 11

Ce qui est en devenir

Elle est tombée amoureuse de celui qu'elle aimait tant initier à son art. Enfin, peut-être pas vraiment de lui, mais de l'artiste qu'elle devinait en lui. Elle est souffleuse de verre. Entre les étoiles suspendues, les queues de chat et les coupes folles, lui aussi est tombé en amour avec elle. Rencontre d'âme à âme et de cœur à cœur, pensait-elle.

18
JAN 11

Dans l'atelier

Arabesques et entrechats, révérences et sauts de biche, du plancher piqué jusqu'au toit de verre fin, tout ici tremble et se trouble quand, juste au dessous, les danseuses s'initient à l'unisson.

*

05
JAN 11

Le goût des bêtises

Elle aime lui murmurer au creux de l'oreille des mots délicieusement tabous. Elle voudrait le faire rougir. En vain. Il sourit de la voir s'amuser de ces petites transgressions. Et là, maintenant, elle frémit de ses mots interdits. Ça lui fait l'effet des chatouilles.
« Dis-moi, quelles bêtises aimais-tu faire quand tu étais enfant ? » lui demande-t-il. Elle fronce les sourcils. Long, très long silence. C'est comme s'il avait frappé à la porte d'une maison depuis longtemps inhabitée.

19
DéC 10

Retour à soi

Sur le chemin du retour, l'envie me vient de lui parler du parfum de soi. Note de cœur, unique, au creux de la peau. Les alchimistes désespèrent d'en découvrir le secret. Les tueurs en série aussi. Elle me confie que ce parfum-là a sur elle les effets d'un doudou. Présent à jamais. Infiniment.

*

04
DéC 10

Chuchotements

Elle vit l'entre-séance comme une absence. « Cruauté du silence » écrit-elle. Et, quand ses mots partent à travers les ondes, son iDoudou vibre au creux de sa main, casse un instant le silence.