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AOU 17

Article 353 du code pénal

Je ne sais pas pour vous, mais c'est compliqué, c'est sensible de choisir un roman je trouve. Ne serait-ce que parce qu'on va passer beaucoup d'heures ensemble. Entre les pages. C'est comme une nouvelle rencontre aussi, ça peut chambouler. Alors moi j'ai toujours un peu d'appréhension au moment de chercher !

Ce livre de Tanguy VIEL - Article 353 du code pénal – je l'ai trouvé au bord de la mer, enfin dans une petite ville du bord de l'océan, une citadelle au début de la route des Indes. Et j'ai beaucoup aimé cette rencontre-là, et toutes les heures ainsi. Il y a l'histoire bien sûr, mais on en connaît la trame dès les premières pages : un type est balancé au beau milieu de la mer, avec ensuite l'inculpation de l'auteur du meurtre, celui qui parle tout au long du livre (c'est curieux, l'auteur d'un meurtre et l'auteur d'un roman, c'est le même mot.) Et, là, c'est devant un juge, plutôt silencieux d'ailleurs, juste quelques questions pour l'article 353. Et tout le livre c'est un peu comme on se parle à soi. Enfin à soi, mais en présence d'un autre. Sans trop de ruminations ni de faux-semblants alors.

Et, même si ça n'a rien à voir, ça m'a fait penser au divan et c'est peut-être pour ça aussi que j'ai aimé. D'ailleurs, il y a un passage dans le livre ainsi :

« Le juge n’a pas bougé. À force, j’ai cru que j’étais dans le bureau d’un psychologue ou quelqu’un comme ça, à force de le voir immobile sans réponse, les mains jointes sous le menton, et parce qu’à mesure des heures qui passaient, j’avais l’impression qu’il me demandait de creuser à l’intérieur de moi comme l’aurait fait un psychologue, de tout déterrer jusqu’à la poussière des os pourvu de faire de la lumière et encore de la lumière et sans se demander si à force de trop de lumière, oui, les gens comme moi, ça ne pouvait pas les rendre aveugles. »

Donc, ça se passe à Brest, avec l'Arsenal qui est en train de fermer et un promoteur immobilier qui arrive comme une providence…

Une fois le livre refermé, j'ai voulu en savoir un peu plus sur l'auteur. Interview :
« Oui, j'aime bien mettre des zooms sur des endroits de l'existence. Il y a à la fois des pans psychologiques des gens qui sont faits pour être dominés, passifs ou mélancoliques, et en même temps il y a la malchance. Comment savoir ce qui, dans un caractère, produit ce hasard, cette mélancolie. Il y a des boucles comme ça. C'est vrai que j'ai tendance à pousser un peu les curseurs pour que les personnages soient assez chargés de difficultés à vivre et d'un peu de malchance. »
« Moi, ce qui m’intéresse, c’est juste deux ou trois endroits un peu théâtralisés : la famille, l’argent, la ville, les petits réseaux, la province. Ça me va car c’est un univers comme une sorte de maquette où je fais évoluer mes personnages. »
Interview par François Lestavel (Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel, un roman de haute volée !)

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AOU 17

L'invention de la psychanalyse

C'est les vacances, là, alors je suis plutôt « off », non pas pour faire genre « digital detox » mais parce que ça prend du temps le bricolage, l'écriture, les instants Mojito, la lecture, les balades… Donc juste cette note de blog pour vous indiquer un film réalisé il y a pas mal de temps, diffusé sur ARTE et vraiment passionnant : Sigmund Freud - L'invention de la psychanalyse.

Un extrait :
« Ne me parlez pas, dit-elle. Ne me touchez pas, écoutez-moi ! »
C'est en 1889 qu'une patiente, Fanny Möser, ordonne ainsi à Freud de s'écarter d'elle et de ne plus bouger. « J'abandonnais donc l'hypnose et ne retins d'elle que la position couchée du patient sur un lit de repos derrière lequel j'étais assis, de sorte que je le voyais mais sans être vu de lui. » raconte Freud.
« Il invente le divan. Il se retire pour que ce soit la parole qui devienne l'acte thérapeutique elle-même. Il n'y a plus rien, plus de magnétisme, plus d'hypnose, plus de regard, il n'y a plus que la parole. C'est beaucoup plus intéressant que d'aller chercher dans l'Inconscient endormi. Et les patients prennent donc l'habitude de raconter leurs souvenirs d'enfance, leurs fantasmes. » C'est Elisabeth ROUDINESCO qui commente, là. Et qui ajoute :
«Passionné par ses découvertes, Freud laisse le sujet parler librement. En écoutant cette parole chaotique, il assigne à la sexualité une place fondamentale : elle détermine la vie psychique. La névrose n'est pas une maladie insolite, mais la conséquence partagée de beaucoup de conflits infantiles non résolus. »