25
AVR 17

Des biens pas communs

C'est fou, toi et moi, on n'a rien en commun, elle m'a dit ce matin-là. Je ne sais pas trop pourquoi elle m'a dit ça, comme ça, à son réveil. Peut-être parce qu'elle pensait soudain à ses travaux et ses recherches sur "La psychologie du collaboratif" et moi, si c'est ça, je donne volontiers mon corps à sa science. Mais vraiment aucun point commun !, elle a renchéri. Ce mot-là – renchéri –, c'est moi qui l'ajoute ici parce que je le trouve joli. Mais c'est bizarre quand même, ai-je pensé, parce que dans l'imaginaire populaire, s'aimer c'est se trouver plein de points communs et se retrouver ensemble autour de tout ça aussi. "Qui se ressemble s'assemble", comme on dit. 

18
AVR 17

Examen d'inconscience

C'est comme ça chaque année, on est d'accord, au beau milieu du fil de la supervision en groupe, Thierry Chavel – le boss du Master Coaching à Paris 2 –, vient un moment à l'écoute des questions des étudiants, et peut-être aussi de leurs angoisses, à l'approche de tous les rituels pour avoir le diplôme : épreuves écrites, mémoire, soutenance.
Et 
d'habitude, une fois Thierry reparti, moi je passe du coq à l'âne : je reprends mon fil. Thématique, didactique.
Mais là, et de plus en plus, j'en fais de moins en moins. Enfin j'apprends à laisser le groupe tisser de lui-même.
Et donc ce soir-là, c'était la cinquième séance et j'ai aimé continué avec ce fil-là des peurs et des vieilles histoires, des fantasmes et des répétitions qui se trament derrière les rituels qui s'annoncent. A l'école du coaching comme depuis longtemps sans doute, pour chacun.

Voyage au fil des souvenirs donc. D'abord en duo, à demi silencieux. Et puis ensuite en petit groupe Balint sur les questions de mémoire et d'écriture.
Ni supervision ni coaching d'équipe, ni codev ou techniques à la mode, le groupe Balint c'est l'une des formes de l'analyse en petit groupe et au naturel : sur le fil des associations libres, sur le fil de l'inconscient d'un groupe. (*)

En partage ici, la trame de cette séance.

(*) Dans son nouvel ouvrage, La psychologie du collaboratif, Eva nous raconte aussi plein d'expériences sur la "groupe-analyse" et les ressorts intimes, les processus inconscients et la conflictualité au cœur des groupes humains. Et c'est inspirant, je trouve, pour sortir des "déroulés" élucubrés a priori.  

12
AVR 17

Garder trace du passage

– Dis, tu sais, tous ces poils partout sur ton corps, sur ta peau, un peu comme un animal ?
Tu me dis ça et, en même temps, tu fourrages, tu t'emmêles le bout des doigts et tu te mets à grogner, comme si tu retrouvais soudain un peu de ta part animale à toi. Tu fais ça aussi avec ton chien. Au début, je te regardais par en-dessous parce que ça me rendait jaloux. Mais j'ai parlé de ça sur le divan et j'ai découvert que ça me ramenait directement au milieu de la meute de mon enfance avec les animaux et les autres enfants, et donc aujourd'hui ça s'est un peu apaisé. Et toi, tu continues sur le fil de tes idées :
– C'est comme un pelage, tu sais ?
– Oui ? je te réponds parce que je ne sais pas trop où tu vas en venir. Et je te laisse faire.

16
MAR 17

Je ne veux pas que tu mordes

– Tiens, il y a un magasin Biocoop, là, je te dis.
C'est juste après la conférence psy "L'enfant qui mord, qui tape ou qui casse". Et, là, on va partir en week-end à la campagne.
– Attends-moi un instant alors, j'ajoute. Oui, je vais acheter du pain pour ce soir et puis on file.
Tu me dis oui, à tout de suite, tu aimes m'embrasser un instant et tu commences à consulter Mappy pour éviter les embouteillages. (Avec le mode trafic en temps réel, c'est vraiment bien Mappy parce que toi et moi on a chacun un itinéraire préféré et des intuitions qui ne collent pas. Mais si on laisse le GPS nous guider avec l'envie partagée d'aller au plus vite, ça objective et on n'a plus besoin de se chipouiller.)

Et donc je file vers la Biocoop. Mais, une fois dans la boutique, tout commence à aller de travers. 

08
MAR 17

La psychologie du collaboratif

Après "L'art du lien", chez Kawa en 2014, Eva publie un nouvel et bel ouvrage "La psychologie du collaboratif" qui paraît ces jours-ci aux éditions L'Harmattan. C'est sous le signe du témoignage, vivant et au cœur de la conduite des groupes.
Au naturel toujours, l'esprit libre et exigeant alors. Et à l'écoute sensible de ce qui se trame sur la scène de l'inconscient.

Et, comme nos créations prennent leurs sources dans nos histoires intimes et familières, j'ai voulu en savoir un peu plus sur les origines de ce livre-là.
Interview.

06
MAR 17

Le couple et sa sexualité

"Si le couple va mal c'est parce que faire couple n'est pas naturel ! Non, ce n'est pas dans notre nature, ni chez les humains ni chez les animaux. C'est même pathogène souvent." C'est Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue, qui racontait ça l'autre soir lors d'un cycle de conférences sur "La vie du couple" et pour les Séminaires Psychanalytiques de Paris.
Et je m'intéresse de près et depuis toujours, je crois, à ces questions d'alliance. Oui, à ce "mouvement collectif à deux", mystérieux et depuis les origines. (J'en parle beaucoup entre les lignes ou en direct dans mon autofiction, ici ainsi : Bricoler ou faire l'amour). 

"Et le huis-clos entre un homme et une femme c'est terrible car l'autre devient le punching-ball de tous les conflits intimes de l'un. Et vice versa." ajoutait le psy. Philippe Brenot est aussi écrivain et il écrit beaucoup, plus de 40 ouvrages dont "Inventer le couple, Les Hommes, le Sexe et l’Amour".
Pour lui, écrire est un métier à mi-temps. Et une manière de se poser un instant dans sa clinique, dans ses travaux de recherche.
Il vient 
aussi de publier Sex Story, "la première histoire de la sexualité en BD".

Autre idée décalée : la sexualité est apprise ! Oui, en particulier par le regard et par soi-même (auto-érotisme). Notre construction psychique définit notre sexualité qui parfois ne peut se faire.

Quelques notes de cette conférence, "Le couple et sa sexualité" ; mes notes personnelles et un peu décousues ainsi.
 

28
FéV 17

Et si par malheur on tombait sur le bonheur

À quoi tu penses ? Je pense au trou dans la mare qu'il faut vraiment que je bouche à présent. Il y avait le héron dedans ce matin et maintenant je ne vois plus la carpe koï ni aucun poisson rouge. Peut-être que ceux qui restent se cachent pour ne pas mourir. Et pourtant, j'ai bien vu le niveau de l'eau baisser au fil des premiers beaux jours, mais c'est comme si je cherchais ce que pourtant je redoute en ce moment. La perte, la disparition, la catastrophe… Dans la mare comme ailleurs.

Et ça n'a rien à voir a priori mais je pense aussi à cette femme qui m'a interpellé, l'autre soir, boulevard des Batignolles. C'était entre chien et loup et c'était le foutoir sur tout le boulevard. Je marchais, plongé dans mes pensées – je me demandais si le lambrusco avait toujours des bulles, je venais de perdre mon écharpe, etc –, et elle sortait soudain et à angle droit du Franprix.
D'habitude je me méfie des autres, mais là elle m'a appelé par mon prénom alors, forcément, je me suis arrêté. Parce que le prénom c'est comme un mot de passe, intime, originel.

21
FéV 17

Un trou dans la mare

Aller acheter du lait de vache pour ton goûter.
– Et de la colle sous-marine pour boucher le trou dans la mare.
– Écouter la conférence de Colette SOLER "La parole et le corps", l'été dernier à Beyrouth. Nos désirs pris au mot alors.
– Donner aux fermiers d'à-côté le coq de Faverolles qui fait le beau mais qui t'attaque par derrière.
– Réparer le pneu crevé de la tondeuse à moteur pour le printemps qui arrive.
– Démêler, couper ou arracher les nœuds inextricables de ton chat persan après tout l'hiver.
– Choisir un potimarron chez le marchand de primeurs.
– Chercher à savoir d'où vient la propension à fantasmer et puis, surtout, pourquoi ça s'empêche.
– Planter les premières salades dans le carré potager au soleil.
– Retrouver le trou dans la mare.

C'est tout ce que j'ai trouvé à faire. 

10
FéV 17

Un rêve d'enfant

Je l'ai raconté ici ou , Yvon Alamer, – c'est son pseudo –, j'ai bien aimé l'accompagner à ma manière et sans manières alors. C'était l'année dernière.
Et, comme il n'arrêtait pas de lire mon blog, je lui ai dit d'écrire à son tour. Oui, écrire un peu ses histoires d'aujourd'hui et d'avant, ses rêves d'enfant et les passions dans sa "boîte qui vend du bien-être et de l'image". Et aussi comment tout ça s'emmêle, souvent.
Ses lignes sont devenues des pages et ses pages sont devenues presqu'un livre. "Et s'il rencontrait Henri ?" m'a dit Eva qui a été sa première lectrice – Henri c'est Henri Kaufman, ami et éditeur du premier livre d'Eva chez Kawa.

Alors Yvon l'a rencontré sans trop de manières et son livre, "Un manager à nu", est sorti tout simplement et pendant l'hiver.
J'ai proposé à Yvon d'organiser une soirée spéciale pour inviter des amis et fêter ce livre-là. Et cette soirée c'était l'autre soir. Je ne sais pas trop pourquoi je fais tout ça. Ma psy me dit que le transfert n'est pas "liquidé" mais je ne sais pas comment on liquide un transfert en coaching d'entreprise. Je crois que c'est aussi parce que moi je sens plein de liens entre écrire et être accompagné. Oui, si on laisse vraiment aller, sans trop de manières, ça libère aussi un peu l'inconscient.
"J'écris pour me parcourir." écrit Henri Michaux dans Passages. 
Et puis avec Eva on se dit que, pour certains, écrire c'était peut-être un rêve d'enfant.

Et ce soir-là, Yvon Alamer a raconté un peu les effets de l'écriture pour lui. 

22
JAN 17

Conduite de groupes

Accompagner des groupes ou des équipes, c'est se faire prendre au jeu des passions dominantes, plonger d'emblée dans des dynamiques vivantes et mortifères, et y ajouter notre histoire intime, mine de rien.
Difficile alors de faire ça tout seul et avec les outils appris à l'école ou à la mode (genre coaching d'équipe ou co-développement
).

Alors Eva et moi nous aimons créer un cycle apprenant pour ceux qui ont vraiment le goût et l'expérience des collectifs – coachs et superviseurs, thérapeutes et analystes, formateurs et consultants, managers de managers – et qui veulent accompagner les dynamiques créatrices au fil de toutes les pulsions et des fantasmes qui s'en donnent à cœur joie sur la scène de l'inconscient.

4 modules de 2 jours avec une inter-session de 15 jours entre chaque journée. C'est à partir du printemps et jusqu'à l'automne. Et c'est à la campagne et en mode compagnonnage.

20
JAN 17

Babylone

« Le monde n'est pas bien rangé, c'est un foutoir.
Je n'essaie pas de le mettre en ordre
. »
Garry Winogrand

Ces mots-là c'est sur l'une des premières pages de BABYLONE, le nouveau roman de Yasmina Reza. Et quand j'ai commencé ce livre-là je ne savais pas trop où ça allait – oui, c'est aussi un peu comme un foutoir au fil des pages. Mais je me suis laissé faire et j'ai beaucoup aimé alors (peut-être parce que j'ai souvent voulu ranger le foutoir du monde, enfin mon foutoir personnel. Mais maintenant je vois bien que c'est pas possible.)

La trame est celle d'un polar autour d'une fête d'anniversaire, au printemps, et puis un drame chez les voisins du dessus (je n'en dis pas plus, là, pour ne pas divulgacher l'intrigue). Et la narratrice en profite alors pour parler de l'amour et de la mort, du couple et de nos exils intimes, de la fulgurance du temps humain, un peu comme les flocons de neige dont on ne sait « si ça va tenir ».

C'est noir mais lumineux, désenchanté mais délicieux.
Et la photo sur la couverture du roman, c'est aussi de Garry Winogrand, un photographe de la ville qui aime se plonger aussi dans le cours des affaires humaines.

Quelques extraits choisis, sans vraiment d'ordre alors.

18
JAN 17

Par instinct peut-être

Donc B et moi on attendait un enfant. Garçon ou fille, on ne savait pas encore. Mais ça n'avait pas été simple parce que B me disait : "Le monde est trop fou, la vie trop incertaine pour faire un enfant !"
Là, je crois qu'elle parlait plutôt du monde de son enfance hélas. Oui, mot pour mot et sans le savoir sans doute. Comme si, du côté de l'inconscient, tout était cousu ensemble, très serré et à l'envers : le dehors est dedans, le futur s'est déjà passé, la folie est dans la nature des choses

04
JAN 17

Sur le fil de la vie quotidienne

Je ne sais plus trop comment ni pourquoi j'en arrive à lui raconter ça mais là je suis en train de lui dire que le matin, sous la douche, j'aime bien prendre le temps de me savonner le dessous et puis le bout de mes pieds, et bien sûr alors ça m'oblige à me contorsionner et me tenir en équilibre – sur un pied et puis sur l'autre –, mais j'aime ça parce que sinon c'est comme si je ne m'étais pas lavé. Enfin seulement à moitié.

– Mais tu sais, elle me dit, quand tu fais ça c'est comme si tu étais encore un bébé parce que c'est plutôt avec les bébés que l'on fait ça, et alors c'est comme la marque de l'infantile encore en toi !