22
SEP 17

Frappe-toi le coeur

Je redeviens fan d'Amélie Nothomb – oui, l'année dernière j'avais beaucoup aimé la retrouver avec Riquet à la houppe  –, alors j'ai choisi son nouveau roman, Frappe-toi le cœur, sans trop me poser de questions. Ni sans savoir que ça parle du MAL DE MÈRE (pourtant c'est écrit en gros, comme ça, partout dans la ville). Enfin, c'est plutôt l'une des formes particulières de ce mal : la jalousie. La jalousie entre mère et fille, et puis de fil en aiguilles, au fil du temps et de la vie, la jalousie entre femmes, sœurs, amies, profs…

Je sais bien depuis la conférence psy, La haine au féminin, que c'est plutôt rare ou simplement tabou, mais entre les « femmes fatales » et les « femmes battantes », quand les femmes s'y mettent « forcément, on retrouve des morceaux dans la poubelle ». (Paul-Laurent Assoun). 

Je connais bien ça aussi parce que j'étais presque aux premières loges dans mon enfance, observateur attentif de ma mère avec ma sœur aînée (supposée être "l'enfant du Diable"). Même si je n'avais pas trop de mots à l'époque. (J'avais essayé d'écrire là-dessus dans "Fais le beau, Attaque !" mais ça a tourné court parce que mes histoires de chiens qui certes me permettaient de "symboliser" brouillaient aussi mes cartes : Mis en examen).

Et donc ce livre-là d'Amélie c'est à la fois un conte et un roman, avec un côté thriller aussi, mais un thriller psychanalytique. Parce que c'est vraiment troublant à chaque page et c'est comme une énigme. Mais une énigme en devenir : une fois que Diane, encore enfant, a la certitude du désamour maternel et même d'une forme de haine, on se demande ce que va devenir la jeune fille et puis la femme. Et avec Amélie Nothomb les années défilent vite (2 ans en 2 lignes !), alors il faut savoir ralentir la lecture si on aime faire durer le plaisir.
C'est tragique, c'est cruel, mais même au cœur du drame il n'y a pas de pathos. Non, ça reste toujours clinique avec Amélie. Et un régal.

Encore un mot. Un mot à propos des hommes dans tout ça, dans l'histoire : pharmacien ou mathématicien, ils comptent les points ou regardent le plafond mais, tout à côté des mères, ils semblent rayés de la carte. Peut-être qu'ils pensent aussi, qu'ils pensent toujours à leur mère. Plus ou moins consciemment.

15
AOU 17

Article 353 du code pénal

Je ne sais pas pour vous, mais c'est compliqué, c'est sensible de choisir un roman je trouve. Ne serait-ce que parce qu'on va passer beaucoup d'heures ensemble. Entre les pages. C'est comme une nouvelle rencontre aussi, ça peut chambouler. Alors moi j'ai toujours un peu d'appréhension au moment de chercher !

Ce livre de Tanguy VIEL - Article 353 du code pénal – je l'ai trouvé au bord de la mer, enfin dans une petite ville du bord de l'océan, une citadelle au début de la route des Indes. Et j'ai beaucoup aimé cette rencontre-là, et toutes les heures ainsi. Il y a l'histoire bien sûr, mais on en connaît la trame dès les premières pages : un type est balancé au beau milieu de la mer, avec ensuite l'inculpation de l'auteur du meurtre, celui qui parle tout au long du livre (c'est curieux, l'auteur d'un meurtre et l'auteur d'un roman, c'est le même mot.) Et, là, c'est devant un juge, plutôt silencieux d'ailleurs, juste quelques questions pour l'article 353. Et tout le livre c'est un peu comme on se parle à soi. Enfin à soi, mais en présence d'un autre. Sans trop de ruminations ni de faux-semblants alors.

Et, même si ça n'a rien à voir, ça m'a fait penser au divan et c'est peut-être pour ça aussi que j'ai aimé. D'ailleurs, il y a un passage dans le livre ainsi :

« Le juge n’a pas bougé. À force, j’ai cru que j’étais dans le bureau d’un psychologue ou quelqu’un comme ça, à force de le voir immobile sans réponse, les mains jointes sous le menton, et parce qu’à mesure des heures qui passaient, j’avais l’impression qu’il me demandait de creuser à l’intérieur de moi comme l’aurait fait un psychologue, de tout déterrer jusqu’à la poussière des os pourvu de faire de la lumière et encore de la lumière et sans se demander si à force de trop de lumière, oui, les gens comme moi, ça ne pouvait pas les rendre aveugles. »

Donc, ça se passe à Brest, avec l'Arsenal qui est en train de fermer et un promoteur immobilier qui arrive comme une providence…

Une fois le livre refermé, j'ai voulu en savoir un peu plus sur l'auteur. Interview :
« Oui, j'aime bien mettre des zooms sur des endroits de l'existence. Il y a à la fois des pans psychologiques des gens qui sont faits pour être dominés, passifs ou mélancoliques, et en même temps il y a la malchance. Comment savoir ce qui, dans un caractère, produit ce hasard, cette mélancolie. Il y a des boucles comme ça. C'est vrai que j'ai tendance à pousser un peu les curseurs pour que les personnages soient assez chargés de difficultés à vivre et d'un peu de malchance. »
« Moi, ce qui m’intéresse, c’est juste deux ou trois endroits un peu théâtralisés : la famille, l’argent, la ville, les petits réseaux, la province. Ça me va car c’est un univers comme une sorte de maquette où je fais évoluer mes personnages. »
Interview par François Lestavel (Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel, un roman de haute volée !)

07
AOU 17

L'invention de la psychanalyse

C'est les vacances, là, alors je suis plutôt « off », non pas pour faire genre « digital detox » mais parce que ça prend du temps le bricolage, l'écriture, les instants Mojito, la lecture, les balades… Donc juste cette note de blog pour vous indiquer un film réalisé il y a pas mal de temps, diffusé sur ARTE et vraiment passionnant : Sigmund Freud - L'invention de la psychanalyse.

Un extrait :
« Ne me parlez pas, dit-elle. Ne me touchez pas, écoutez-moi ! »
C'est en 1889 qu'une patiente, Fanny Möser, ordonne ainsi à Freud de s'écarter d'elle et de ne plus bouger. « J'abandonnais donc l'hypnose et ne retins d'elle que la position couchée du patient sur un lit de repos derrière lequel j'étais assis, de sorte que je le voyais mais sans être vu de lui. » raconte Freud.
« Il invente le divan. Il se retire pour que ce soit la parole qui devienne l'acte thérapeutique elle-même. Il n'y a plus rien, plus de magnétisme, plus d'hypnose, plus de regard, il n'y a plus que la parole. C'est beaucoup plus intéressant que d'aller chercher dans l'Inconscient endormi. Et les patients prennent donc l'habitude de raconter leurs souvenirs d'enfance, leurs fantasmes. » C'est Elisabeth ROUDINESCO qui commente, là. Et qui ajoute :
«Passionné par ses découvertes, Freud laisse le sujet parler librement. En écoutant cette parole chaotique, il assigne à la sexualité une place fondamentale : elle détermine la vie psychique. La névrose n'est pas une maladie insolite, mais la conséquence partagée de beaucoup de conflits infantiles non résolus. »

02
JUI 17

K.O.

Plonger dans le coma c'est peut-être comme dans un rêve : de la pleine inconscience !
Déplacements et condensations, le faux c'est pour de vrai, l'autre c'est soi, le ko c'est ok, la partie c'est le tout, beaucoup de violence, un peu de sexe – ou tout le contraire –, et tout se retourne toujours

Et c'est ça la trame de K.O., le film de Fabrice GOBERT. Comme les pièces d'un puzzle et la traversée dans les labyrinthes de la psyché, et de la vie aussi
Oui, sur un ring de boxe ou sur un plateau télé, au cachot ou au restaurant d'entreprise, une crise cardiaque ou une balle dans le thorax... tout ça c'est presque pareil au fond.
Ce film-là est un régal. Et le casting aussi : Laurent Lafitte. Chiara Mastroianni. Clotilde Hesme...
Absolument incontournable.
Un cocktail aussi de "Fight club" de 
David Fincher et "Stupeur et tremblements" de Alain Corneau.

07
MAI 17

Et toujours elle m'écrivait

Et toujours elle m'écrivait. Le titre de ce livre reste longtemps comme une énigme au fil de ses pages. Oui, qui est celle qui écrivait, toujours ? Et comme il s'agit d'histoires d'enfance, enfin de psychanalyse, c'est aussi un peu comme une devinette. Si vous avez déjà voyagé sur un divan, cette devinette-là est facile puisque c'est une femme et souvent il n'y en a qu'une qui, attachante ou attachée, débordante ou manquée, se rappelle à soi. Les autres ne sont alors que des répétitions, plus ou moins déguisées.

La trame du livre est aussi celle d'une énigme à la recherche du secret des origines, de la "scène primitive". C'est un récit de divan donc et, ces récits de voyages sont plutôt rares car il y a la règle d'airain qui veut que jamais rien ne sorte du cabinet du psy. Mais ici même le psy met à mal tout ça. Oui, après une première tranche avec "une cerbère mutique" et puis une autre avec Pierre Fedida, "un psy qui ressemblait à Einstein", Philippe Grimbert, le troisième analyste de l'auteur, qui est aussi écrivain (Un secret, La mauvaise rencontre) se glisse entre les pages de son ancien patient. Il en ponctue le récit, par petites touches, interprète, suggère des liens, souligne le sens caché des mots (imper, pater). Comme en analyse aussi.
Et si la règle est enfreinte ici c'est parce que Grimbert "aime ce qui n’est pas orthodoxe [
] et que la psychanalyse a besoin d'être démythifiée, comme tout ce qui inspire une terreur sacrée." (*)

Et j'ai aimé ce livre-là pour tout ça : le récit comme une enquête policière tout au long des années, les voyages à travers l'histoire familiale et les névroses, la mise au jour de ce qui ne se dit pas, et tout le maillage de la psyché, les lignes du psy en contrepoint et sans jargon, les liens entre psychanalyse et écriture, les séances avec Pierre Fedida 

J'ai beaucoup aimé, même si ça finit un peu en accéléré avec la dernière tranche et une technologie qui fait Bzibzi Beeep Beeep que Grimbert, dans un acte manqué, voudrait écrire MERD ! Oui, ça s'accélère, ça semble forcer des liens mais c'est sans doute parce qu'au fil des années, l'inconscient avait été retourné, de fond en comble. 

08
MAR 17

La psychologie du collaboratif

Après "L'art du lien", chez Kawa en 2014, Eva publie un nouvel et bel ouvrage "La psychologie du collaboratif" qui paraît ces jours-ci aux éditions L'Harmattan. C'est sous le signe du témoignage, vivant et au cœur de la conduite des groupes.
Au naturel toujours, l'esprit libre et exigeant alors. Et à l'écoute sensible de ce qui se trame sur la scène de l'inconscient.

Et, comme nos créations prennent leurs sources dans nos histoires intimes et familières, j'ai voulu en savoir un peu plus sur les origines de ce livre-là.
Interview.

06
MAR 17

Le couple et sa sexualité

"Si le couple va mal c'est parce que faire couple n'est pas naturel ! Non, ce n'est pas dans notre nature, ni chez les humains ni chez les animaux. C'est même pathogène souvent." C'est Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue, qui racontait ça l'autre soir lors d'un cycle de conférences sur "La vie du couple" et pour les Séminaires Psychanalytiques de Paris.
Et je m'intéresse de près et depuis toujours, je crois, à ces questions d'alliance. Oui, à ce "mouvement collectif à deux", mystérieux et depuis les origines. (J'en parle beaucoup entre les lignes ou en direct dans mon autofiction, ici ainsi : Bricoler ou faire l'amour). 

"Et le huis-clos entre un homme et une femme c'est terrible car l'autre devient le punching-ball de tous les conflits intimes de l'un. Et vice versa." ajoutait le psy. Philippe Brenot est aussi écrivain et il écrit beaucoup, plus de 40 ouvrages dont "Inventer le couple, Les Hommes, le Sexe et l’Amour".
Pour lui, écrire est un métier à mi-temps. Et une manière de se poser un instant dans sa clinique, dans ses travaux de recherche.
Il vient 
aussi de publier Sex Story, "la première histoire de la sexualité en BD".

Autre idée décalée : la sexualité est apprise ! Oui, en particulier par le regard et par soi-même (auto-érotisme). Notre construction psychique définit notre sexualité qui parfois ne peut se faire.

Quelques notes de cette conférence, "Le couple et sa sexualité" ; mes notes personnelles et un peu décousues ainsi.
 

20
JAN 17

Babylone

« Le monde n'est pas bien rangé, c'est un foutoir.
Je n'essaie pas de le mettre en ordre
. »
Garry Winogrand

Ces mots-là c'est sur l'une des premières pages de BABYLONE, le nouveau roman de Yasmina Reza. Et quand j'ai commencé ce livre-là je ne savais pas trop où ça allait – oui, c'est aussi un peu comme un foutoir au fil des pages. Mais je me suis laissé faire et j'ai beaucoup aimé alors (peut-être parce que j'ai souvent voulu ranger le foutoir du monde, enfin mon foutoir personnel. Mais maintenant je vois bien que c'est pas possible.)

La trame est celle d'un polar autour d'une fête d'anniversaire, au printemps, et puis un drame chez les voisins du dessus (je n'en dis pas plus, là, pour ne pas divulgacher l'intrigue). Et la narratrice en profite alors pour parler de l'amour et de la mort, du couple et de nos exils intimes, de la fulgurance du temps humain, un peu comme les flocons de neige dont on ne sait « si ça va tenir ».

C'est noir mais lumineux, désenchanté mais délicieux.
Et la photo sur la couverture du roman, c'est aussi de Garry Winogrand, un photographe de la ville qui aime se plonger aussi dans le cours des affaires humaines.

Quelques extraits choisis, sans vraiment d'ordre alors.

13
DéC 16

Possédées

« Les inquisiteurs depuis la fin de la Renaissance affirment l'existence de preuves objectives de sorcellerie, des stigmates indiscutables qu'ils appellent les « marques insensibles ». C'est par là qu'on confondait les sorciers. On prenait soin de raser entièrement le corps des individus suspects ligotés nus sur une table, on demandait à un chirurgien dépêché exprès de  « chercher ». Chercher, c'est-à-dire enfoncer de longues aiguilles qui faisaient hurler les malheureux, jusqu'à trouver, trouver un morceau de corps tout à fait insensible, tellement que de l'aiguille enfoncée il ne ressortait rien. Ni un cri de douleur ni une seule petite goutte de sang. »

C'est un extrait de "Possédées", un roman de Frédéric Legros. Et c'est plutôt insoutenable la lecture de ce livre-là, enfin surtout les dernières pages. Oui, à partir de ce moment-là c'est de la torture. Et pour le lecteur aussi. 
Mais je ne l'ai pas choisi pour ça.

02
NOV 16

Un manager à nu #2

"Analystes et écrivains sont des rôdeurs de frontières, le domaine qu'ils fréquentent et dont ils reviennent avec des mots vivants n'appartient à personne, et le temps des urgences et des délais, des commencements et des fins, n'y a pas cours." C'est François Gantheret, qui écrit ça dans son essai "La nostalgie du présent".

Ce psychanalyste-là aime passer tour à tour du fauteuil à sa table d'écriture, et c'est aussi ce voyage-là que Yvon Alamer a aimé entreprendre dans son ouvrage "Un manager à nu".
Il n'est pas du tout psy, Yvon, 
non c'est « un mec qui est plus ou moins cadre dirigeant dans une grande société qui vend de l'image et du bien-être » dit-il, et « un mec qui n'a pas beaucoup profité de son enfance, qui a fait des études, marié (avec une femme), trois enfants (de la même épouse), plus ou moins tous ados » il ajoute.
M
ais, avec une séance chaque semaine à l'atelier, il est devenu un peu "analysant" et il a attrapé le goût des mots, des mots parlés et des mots écrits.

Deux ou trois extraits de son livre, en partage, là.

 

01
NOV 16

Un manager à nu #1

Je sais bien que ça ne se fait pas mais, pendant que je l'accompagnais, je ne pouvais pas m'empêcher d'écrire. Irrésistiblement. Un, deux et trois billets. À la fois sur lui et sur moi, sur des histoires d'avant et d'aujourd'hui, sur le sale et le lait, sur le grognon et ce qui pue, sur la cruauté de l'enfance et les tondeuses à gazon… 
Parce que ce n'est pas une excuse mais les jeux de transfert, ça entremêle toujours beaucoup de soi et de l'autre. Sur le coup. Alors je ne pouvais pas m'empêcher d'écrire. Et c'est souvent dans l'après-coup que ça se comprend.

J'ai caché les trois billets au fond de mon blog mais, un beau jour, il les a découverts.
– Vous écrivez sur moi, il m'a dit.
– Oui, c'est à vous d'écrire votre vie si vous voulez, j'ai répondu sans trop me démonter. Et il m'a raconté que sa mère aussi écrivait pour lui quand il était petit d'homme. Chaque dimanche soir, il lui demandait de faire ses rédactions. Alors il m'a pris au mot. Oui, il a essayé de changer un peu le sens de l'histoire.

Un, deux, trois. Trois premiers billets de son cru, comme un journal intime et sur le fil des associations libres. Et puis d'autres encore, au fil de nos séances. Et puis après aussi. Et tout ça aujourd'hui c'est devenu un livre. Ça s'appelle "Un manager à nu". C'est publié chez Kawa et avec un pseudo parce que c'est intime toujours. Je n'ai jamais lu ça ailleurs.
Et depuis, j'ai arrêté d'écrire sur lui. Enfin juste quelques lignes, pour la préface.

Eva a aussi rencontré Yvon, c'était à un atelier de campagne, et alors elle a aussi écrit une page pour son livre. C'est là sur son blog :  « Manager analysant »

Et mon prochain billet, ici, ce sera un large extrait du livre d'Yvon parce que c'est vraiment bien ce livre-là.

 

24
OCT 16

Confidences d'une coiffeuse

– Dis, ça te dirait d'écrire une note, genre l'œil du psy, pour "Bigoudis", un livre à paraître sur les coulisses des salons de coiffure ?
C'est Henri Kaufman, le boss éditorial de Kawa, qui m'a proposé ça cet été. Et moi, sans trop savoir pourquoi – enfin si, parce que j'aime beaucoup les coulisses et l'envers des choses –, j'ai aimé dire Oui.
Alors j'ai pris le temps de découvrir le manuscrit en écriture de Christine Rosana :

« À cette époque, la mode ne s'éparpillait pas encore en tendances, il n'y en avait qu'une et elle sacralisait les blondes platine. Pour faire les décolorations, on envoyait la nouvelle apprentie que j'étais quérir un très précieux élixir. Deux fois par semaine, je me rendais à la droguerie et j'avais pour mission d'acheter de l'eau oxygénée titrée à 110 volumes. Je laisse apprécier les connaisseurs. Pour les profanes, sachez que le maximum autorisé dans la profession était de 40 volumes. »

Ça c'est un extrait. Et j'ai adoré. Ça et la suite. Alors je me suis laissé écrire à mon tour sur ce qui se trame d'incroyable mine de rien – enfin de pulsionnel –, pour ces artisans de l'intime et aussi pour nous-même, à leur contact. Oui, pourquoi nous aimons tant nous faire papouiller, prendre la tête et nous faire couper comme ça, impunément, des parts de nous-même ?

Et finalement ça s'appelle "Confidences d'une coiffeuse" et ça vient de paraître. Chez Kawa donc.
La suite de l'extrait, là :

« Si par malheur, lors de la préparation du savant mélange quelques gouttes atterrissaient sur mes doigts, la brûlure qui palpitait sous la mousse blanche était fulgurante. Même en rinçant immédiatement la peau avait déjà rougi.
Sans aucun complexe, avec ce liquide que certain surnommait « l'eau bénite », nous exécutions les décolorations complètes de la chevelure ou seulement quelques mèches.
La plupart du temps, dès l'application du mélange, la réaction chimique ne se faisait pas attendre. Fumée au-dessus du crâne, picotements d'abord puis douleurs ensuite, du châtain le plus sombre, les cheveux passaient au platine le plus pur. Dans notre jargon nous disions que la dame était cuite. Le cuir chevelu l'était en tout cas, décapé au mieux, au pire boursouflé, cloqué, régulièrement perlé de sang. On peut dire sans ambages que nous jouions avec le feu ! »

Et puis mes lignes en avant-propos de l'ouvrage, ici.
 

11
OCT 16

Un nouveau roman d'Amélie

Hygiène de l'assassin, Métaphysique des tubes, Stupeur et tremblements… J'aimais beaucoup lire les tout premiers romans d'Amélie Nothomb et puis j'ai arrêté, je ne sais plus trop pourquoi (enfin si, je crois que c'est quand j'ai perdu le goût du loufoque).

Et l'autre jour, à la librairie – côté campagne –, il y avait Riquet à la houppe le nouvel opus d'Amélie avec, accroché à la couverture, un cœur en papier cadeau. J'ai feuilleté, j'ai lu quelques pages, ça parlait d'une de mes énigmes de toujours : mais pourquoi on s'attire et on se relie ? Certes les corps s'attirent proportionnellement à leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance, mais c'est plus fort quand tout semble les opposer : le beau et le laid, le simple et l'esprit, la belle et la bête…

J'aime beaucoup. C'est un conte de Perrault revisité et il y a, dans le désordre, du champagne, de la poésie, de la cruauté, des oiseaux, des parents à l'ouest, de l'amour qui finit bien, de l'enfance, de l'adolescence, encore des oiseaux Et c'est vraiment délicieux ainsi ce nouveau roman d'Amélie Nothomb.