05
JUI 17

La compagnie de la supervision

Imaginez un groupe où vous pouvez parler en groupe de tous vos tabous et de ce qui vous échappe ou se dérobe quand vous accompagnez : les ratés, les à-côtés, les à-peu-près tout ce qui sort du cadre et des modèles et qui vous met alors sur la piste du singulier. À la fois la répétition d'une histoire familière et oubliée et aussi les prémices d'une nouvelle issue qui se cherche, si vous prenez le temps d'élaborer.

Imaginez un groupe où c'est le groupe qui tisse le fil de chaque séance, sans que ce soit couru d'avance à travers des modèles, et sur un mode alors qui devient naturel et souvent dérangeant – oui, parce que ça déconstruit toujours plus ou moins pour reconstruire et créer.

Un groupe qui fait sa vie de groupe au fond : qui se défend et met chacun à l'épreuve de sa différence ainsi.

21
JUN 17

Séparation, dépendance et transfert

C'est au square que j'ai aimé préparer la dernière séance de supervision à Paris 2 pour le Master Coaching. Oui, sur le thème de la séparation puisque c'était la fin.
Les années d'avant, je proposais de tricoter le fil existentiel de la finitude, une maille à l'endroit, une maille à l'envers : l'incontournable perte ou disparition de toute chose, l'angoisse plus ou moins consciente qui l'accompagne, et nos stratagèmes intimes pour l'ignorer ou la défier. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, je préfère travailler "autour de". C'est sur le divan que j'ai appris ça, dans mes traversées sur les chemins de l'inconscient.


Et donc, au square, quelques jours avant la séance, j'ai observé un enfant découvrir des pigeons, essayer de les attraper et, en même temps, hurler « OUASOO… OUASOO », une manière de symboliser ainsi.

Et j'ai l'impression – mais sans doute ai-je projeté –, qu'il voulait non pas les attraper mais les étriper les pigeons. "Ne touche pas ! C'est sale !" lui lançait sa mère. Et moi, je montrais à l'enfant comment, avec des miettes de pain, les attirer un peu.

Tout ça m'a fait penser au jeu de la bobine, ce jeu que Freud observa chez son petit fils, Ernst, et qu'il décrit dans "Au-delà du principe de plaisir" : le "Fort/Da".
Freud vit jouer l'enfant avec une bobine en bois entourée d'une ficelle. Il jetait la bobine par-dessus son lit, elle disparaissait, tout en s’écriant  « o-o-o-o » qui est l'ébauche du mot « fort 
» (« loin » en allemand) ; puis l'enfant tirait sur la ficelle pour faire réapparaître la bobine et la ramenait à lui en s'exclamant « Da ! » (« là »).
Freud relie ce jeu à la situation de l'enfant à cette période : quand sa mère s'absentait pendant de longues heures. Le jeu symboliserait ainsi la disparition et la réapparition de la mère.
Et le jeu serait similaire à un espace psychique dans lequel l'enfant peut faire le lien entre présence et absence, dedans et dehors, lui et les autres… Dans cet espace qui apprivoise le manque, il ne se pose pas la question du vrai ou du faux, et plonge dans un univers singulier entre le réel et l'imaginaire où il peut déplacer, représenter, jouer ses émotions : c’est l'univers symbolique.
Pour Freud, la psyché de l'enfant va se construire sur ce prototype de la maîtrise de la présence-absence (de la mère, du corps).

Et j'ai aussi proposé un atelier sur tout le contraire de la séparation : les dépendances et les addictions.

Et puis encore, pour ceux qui le voulaient, un autre atelier pour tenter d'approcher et puis analyser le transfert qui s'était tissé, avec moi, au fil de l'année.
Trois ateliers en parallèle donc, et séparés. Et c'était bien.

En partage, ici, mes notes pour cette dernière séance.

26
MAI 17

Par qui être accompagné ?

« Ce serait un homme ou une femme ? Plutôt jeune ou bien âgé ? Silencieux ou pas du tout ? Vous seriez allongé ou face à face ? … ?
Vous vous laissez aller ainsi entre vous, en petit groupe, fantasmer celui qui vous accompagnera.
»
C'était vendredi soir à Paris 2 et c'est comme ça que j'ai commencé la supervision en groupe. Et, dans la foulée, sans rompre le fil, j'ai proposé de continuer comme ça, enfin d'ouvrir un peu à d'autres, sur le fil des jeux de transfert :
« Chacun de vous se retourne un instant vers le reste du groupe et choisit celui ou celle qui semble le plus proche de son fantasme : homme ou femme, plus ou moins âgé, silencieux… Et puis alors vous faites de la place à ceux-là dans votre groupe. Et une fois tout à côté, vous continuez en racontant en quoi il ou elle est proche de ce que vous imaginez ? Et puis aussi en quoi il ou elle est bien différent, 
par certains côtés, peut-être ? »

Et j'ai proposé encore un moment ainsi, toujours sans rompre le fil. Oui, parce que d'habitude je fractionne les séquences, mais là j'aime le mode fondu enchaîné :
« Et enfin, sur le fil de vos souvenirs, vous vous demandez ce que ça vous évoque cet autre, cette relation-là ? »

Donc tout ça, c'était l'autre soir, pour le Master Coaching. Sixième séance. Avec une question qui avait surgi la séance d'avant, à la pause : Par qui être accompagné ?
Et moi, forcément j'avais un parti pris, une réponse très orientée psychanalyse ! Alors j'ai imaginé ce cheminement-là pour laisser à chacun se raconter son histoire : du futur, vers le présent et puis vers le passé. Parce que tout ça, c'est très entremêlé sur la scène de l'inconscient.

Et au bout du compte, au bout de ce cheminement-là, il y en a qui ont entraperçu que leur fantasme, la figure de l'autre, celui qu'ils voulaient pour être accompagné, c'était comme une répétition dans le sens de leur histoire intime… ou bien à contre-sens. 

Et la trame de la séance, là, en partage. 

05
MAI 17

Groupe de Pratiques Collaboratives

Cultiver le "vivre-ensemble", l'économie du partage, prendre soin des biens communs… Développer l'intelligence collective, l'innovation collaborative… Dans la cité comme dans l'entreprise, chacun appelle de ses vœux la coopération. Mais tout ça ne va pas de soi. Oui, parce qu'un groupe est propice à toutes les passions au fond, autant créatrices que destructrices.

Et c'est pour ça que, sur le fil de nos accompagnements et à l'écart des outils à la mode, Eva et moi on aime créer les Groupes d'Analyse de Pratiques Collaboratives. Pour faire du travail en groupe, l'objet de travail d'un groupe. C'est en duo, au féminin-masculin donc, et c'est vraiment précieux pour une écoute sensible des passions au cœur d'un groupe. 
Et c'est pour la rentrée.

Bienvenue à ceux qui aiment diriger ou animer des équipes, former ou accompagner des groupes, en entreprise ou en réseau.

25
AVR 17

Des biens pas communs

C'est fou, toi et moi, on n'a rien en commun, elle m'a dit ce matin-là. Je ne sais pas trop pourquoi elle m'a dit ça, comme ça, à son réveil. Peut-être parce qu'elle pensait soudain à ses travaux et ses recherches sur "La psychologie du collaboratif" et moi, si c'est ça, je donne volontiers mon corps à sa science. Mais vraiment aucun point commun !, elle a renchéri. Ce mot-là – renchéri –, c'est moi qui l'ajoute ici parce que je le trouve joli. Mais c'est bizarre quand même, ai-je pensé, parce que dans l'imaginaire populaire, s'aimer c'est se trouver plein de points communs et se retrouver ensemble autour de tout ça aussi. "Qui se ressemble s'assemble", comme on dit. 

18
AVR 17

Examen d'inconscience

C'est comme ça chaque année, on est d'accord, au beau milieu du fil de la supervision en groupe, Thierry Chavel – le boss du Master Coaching à Paris 2 –, vient un moment à l'écoute des questions des étudiants, et peut-être aussi de leurs angoisses, à l'approche de tous les rituels pour avoir le diplôme : épreuves écrites, mémoire, soutenance.
Et 
d'habitude, une fois Thierry reparti, moi je passe du coq à l'âne : je reprends mon fil. Thématique, didactique.
Mais là, et de plus en plus, j'en fais de moins en moins. Enfin j'apprends à laisser le groupe tisser de lui-même.
Et donc ce soir-là, c'était la cinquième séance et j'ai aimé continué avec ce fil-là des peurs et des vieilles histoires, des fantasmes et des répétitions qui se trament derrière les rituels qui s'annoncent. A l'école du coaching comme depuis longtemps sans doute, pour chacun.

Voyage au fil des souvenirs donc. D'abord en duo, à demi silencieux. Et puis ensuite en petit groupe Balint sur les questions de mémoire et d'écriture.
Ni supervision ni coaching d'équipe, ni codev ou techniques à la mode, le groupe Balint c'est l'une des formes de l'analyse en petit groupe et au naturel : sur le fil des associations libres, sur le fil de l'inconscient d'un groupe. (*)

En partage ici, la trame de cette séance.

(*) Dans son nouvel ouvrage, La psychologie du collaboratif, Eva nous raconte aussi plein d'expériences sur la "groupe-analyse" et les ressorts intimes, les processus inconscients et la conflictualité au cœur des groupes humains. Et c'est inspirant, je trouve, pour sortir des "déroulés" élucubrés a priori.  

22
JAN 17

Conduite de groupes

Accompagner des groupes ou des équipes, c'est se faire prendre au jeu des passions dominantes, plonger d'emblée dans des dynamiques vivantes et mortifères, et y ajouter notre histoire intime, mine de rien.
Difficile alors de faire ça tout seul et avec les outils appris à l'école ou à la mode (genre coaching d'équipe ou co-développement
).

Alors Eva et moi nous aimons créer un cycle apprenant pour ceux qui ont vraiment le goût et l'expérience des collectifs – coachs et superviseurs, thérapeutes et analystes, formateurs et consultants, managers de managers – et qui veulent accompagner les dynamiques créatrices au fil de toutes les pulsions et des fantasmes qui s'en donnent à cœur joie sur la scène de l'inconscient.

4 modules de 2 jours avec une inter-session de 15 jours entre chaque journée. C'est à partir du printemps et jusqu'à l'automne. Et c'est à la campagne et en mode compagnonnage.

27
NOV 16

Le pouvoir du temps passé

C'est du côté des histoires qui se répètent que j'ai proposé aux étudiants d'aller voyager l'autre soir. C'était la deuxième séance du Master à Paris 2. Sur le fil de l'inconscient toujours et parce que, même si le coaching est tendu vers le futur, un futur supposé meilleur, le passé est toujours là, au présent. Mine de rien et à fleur de peau.

Qu'est-ce que l'inconscient ? L'inconscient ne se manifeste pas seulement dans les lapsus, les actes manqués ou dans les rêves. Il nous est beaucoup plus vital et intime. L'inconscient est surtout la force souveraine qui nous pousse à choisir la femme ou l'homme avec lequel nous partageons notre vie, à choisir la profession que nous exerçons et qui nous confère une identité sociale […] et il est un autre pouvoir de l'inconscient, plus irrésistible encore : c'est la répétition. Par dessus tout l'inconscient est la force qui nous pousse à répéter sereinement les mêmes comportements heureux – et alors la répétition est une répétition saine et l'inconscient une force de vie – ; ou qui nous pousse à répéter compulsivement les mêmes erreurs et les mêmes comportements d'échec – et alors la répétition est une répétition pathologique et l'inconscient une force de mort. ❞ J.-D. NASIO - L'inconscient, c'est la répétition – Editions Payot

09
NOV 16

De la supervision en groupe au groupe supervisant

Eva et moi nous aimons ouvrir en janvier prochain un groupe pour "accompagner ceux qui accompagnent" et faire ainsi du "travail de soi" une source vive du travail d'accompagnement des autres, en individuel, en groupe ou en collectifs humains.

Un groupe animé en duo donc et aussi un groupe "supervisant". A l'écart ainsi des sentiers battus de la supervision autour d'un modèle ou d'un maître.

Quelques lignes alors sur ce qui nous anime.

 

28
OCT 16

A l'écoute de l'inconscient

« Ici, on franchit les limites de l'intime, mais sans limite. » « C'est plutôt votre question qui est bizarre. » « Il n'y a pas de cadre. » …
Ça c'était des réponses à ma question, l'autre soir, pour la première supervision en groupe à Paris 2 : Qu'est-ce qui, là, ce soir, vous semble peut-être un peu bizarre ou saugrenu, plutôt étrange ou étranger ?
Oui, j'ai commencé comme ça, pour mettre chacun un peu dans l'ambiance, parce que le sujet c'était : A l'écoute de l'inconscient.
En soi et en petit groupe alors. Et en mode supervisant plutôt que supervisé

13
OCT 16

Histoires de vie

Au bureau ou dans vos amours (ou les deux peut-être), il y a quelque chose qui parfois finit par dérailler ou se coincer. Ou alors ça stagne et ça s'enlise et ce n'est pas vraiment mieux.
Alors vous essayez de vous accrocher ou de changer ce qui peut l'être – changer de boss ou de boîte, d'amoureux ou de vie –, mais ça continue, encore et encore.
Et il y a derrière tout ça comme une impression de déjà vu. Un air de famille même. Pourtant c'est tout le contraire de l'histoire familiale que vous recherchiez. Alors vous vous demandez pourquoi l'histoire se répète comme ça ?!?

30
SEP 16

Accompagner en groupe

Ça faisait déjà un bon moment qu'Eva et moi on avait envie d'attraper quelquesl pixels et décibels sur notre manière d'accompagner. Oui, attraper un instant le fil du chaos, du désir, des doutes, de la confusion, du mystère et de la surprise… parce qu'accompagner c'est aimer se laisser chatouiller par tout ça à la fois. Et quand c'est en groupe, c'est plein pot. Et les techniques de coach n'y peuvent pas grand chose ici.

Alors voilà ! L'autre jour à la campagne, c'était le début de l'été et il y avait un nouvel atelier De fil en fil. Véronique, Marie-Caroline, Vincent et Emmanuelle – coach ou manager, consultant ou formatrice , voulaient y voir clair dans tout ça. On avait aussi invité Alexandra, une gentille "barbare", rencontrée dans une chapelle et qui, caméra au poing, nous accompagne ici ou .

Voici quelques instants de cette journée-là, quelques minutes saisies, décousues ou tricotées ensemble autour de Marie-Caroline qui a questionné autour d'elle, comme pour enquêter sur ses coulisses et sa tribu d'origine, sur ce qui se cache derrière les gestes et les intentions des artisans du soin ou du lien.

26
AOU 16

Pensez à nous Roulez tout doux !

Sur l'établi de l'atelier de campagne et de l'été, Eva et moi on a aimé vous préparer un stage de "conduite de groupes". C'est pour faire alliance avec toutes les « passions dominantes » qui toujours se trament dans les coulisses de la vie d'un groupe : l'idéalisation ou l'attaque par exemple.

Bienvenus à vous alors, avec vos outils préférés pour animer, former ou créer, et tellement propices aussi à ces jeux-là.