15
JUN 16

Le baiser ou la gifle

"Je vais vous parler un instant de POM. C'est pas son vrai nom POM, là, mais c'est la cliente du mercredi 8h30. Et, cette semaine, elle est arrivée avec un peu de sa jalousie. Sa jalousie envers ou contre sa sœur, envers les études qu'elle fait, envers son nouveau compagnon et le couple qu'ils forment, etc…
POM c'est l'aînée de sa fratrie alors c'est sans doute sensible tout ça. C'est la frérocité au féminin peut-être. Et moi alors je l'ai encouragée à exprimer la rage qu'elle retenait. Elle pleurait, ça ressemblait à une pluie d'orage sans la foudre ni le tonnerre. Elle a essayé et elle a commencé à dire pas mal d'horreurs. Mais elle vient d'une famille très catholique et c'est un péché, je crois, la jalousie. Alors c'était bien compliqué pour elle, c'est 
comme coupé ou empêché.

Et puis elle a parlé d'un moment un peu délicat pendant le dîner, la veille, avec sa sœur et son copain : « T'es PAM ou t'es pas PAM ? » elle a demandé à son copain au tout début du repas. PAM dans la religion catholique ça veut dire "Pas Avant le Mariage". Oui, faut pas coucher avant le mariage mais ce soir-là elle sait pas du tout pourquoi, elle a rajouté « Oui, faut pas coucher avant le mariage sauf avec moi ! ». Elle a dit ça comme ça tout d'un coup au copain de sa sœur. Elle sait que c'est un dérapage de son inconscient mais après elle m'a demandé : « Mais que faire de tout ça ? » Et moi je n'ai pas su trop quoi répondre parce qu'il n'y a rien à faire, si ce n'est prendre soin de revenir aux sources, aux souvenirs d'enfance et aux fantasmes aussi, simplement, calmement. Parce que sinon tout ça suinte, se déplace, se déchaîne contre soi ou contre l'autre.

Et au moment de partir elle m'a dit « Je ne reviendrai pas ». C'est pas très catholique de faire ça comme ça mais c'est beaucoup plus facile de couper court ici ; la rage passée à l'acte ainsi."

Ça c'est une histoire que j'ai racontée aux étudiants à Paris 2 pour la séance du mois dernier. Oui, parce que cette année, au fil des séances avec eux, j'ai découvert que j'aimais bien raconter une ou deux histoires du mois écoulé pour donner envie à chacun de déplier le thème choisi. Et pour cette séance-là c'était sur le fil du transfert, toujours et un pas plus loin : Le baiser ou la gifle, en coaching aussi.

 

08
JUN 16

La Compagnie des superviseurs - Saison 2

On a beaucoup aimé, Eva et moi, créer "La Compagnie des Superviseurs" et animer la saison 1 cette année. C'est pour les coachs qui sentent bien que pour accompagner ceux qui accompagnent mieux vaut être en bonne compagnie.
Et pour eux, et pour nous, la supervision ce n'est pas pour être "supervisé" (genre passif et je consomme un modèle à la mode ou je me fais un nouveau guru) et ce n'est pas de "l'hygiène de coach" ni une obligation légale pour avoir un tampon et être référencé. Non, c'est prendre le temps de regarder son histoire intime, ses fantasmes, ses pulsions, ses défenses, analyser et tisser des liens entre tout ça, sans trop se leurrer ni se la raconter...
Et c'est pour ça, qu'à la rentrée prochaine on aime continuer en cette compagnie-là. En petit groupe, dans un fil de séances engagé et pas à saute-mouton, mais au naturel et en pleine inconscience toujours.
Bienvenue en saison 2.

28
AVR 16

C'est plutôt une ambiance

Fichtre ! Elles me semblent bigrement plus corsées les dernières questions du questionnaire coach évoqué ici ou là, et surtout là : Tenir le fil ensemble.
Et là, j'en arrive à un incontournable du coaching d'entreprise : "Processus contrat tripartite à décrire". Oui, c'est plus ardu pour moi parce que les tripartites ça se passe toujours autour d'une table et ces situations-là c'est souvent chargé. Une fois j'ai réussi à faire venir un client et son boss à l'atelier et c'était vraiment bien. Une autre fois c'était autour d'une table basse avec des petits poufs de couleur pour chacun, c'était pour faire genre dream room & créativité, je crois, et moi ça m'a fait penser à la maternelle.
Alors là, dans ma réponse, je parle plutôt de l'ambiance parce que ça reste super complexe de "décrire le processus".
Et si vous aimez aussi travailler sur ce que ça réveille ou chahute en vous ces rituels en peuple coach et puis tricoter quelques mailles à l'envers, comme ça, alors 
il y a l'atelier "De fil en fille vendredi 20 mai à la campagne.

19
AVR 16

Quel désir d'être accompagné !?

Mais pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Oui, en long, en large ou de travers, j'ai aimé écrire sur le désir d'accompagner et ses coulisses : le fantasme d'une vocation, l'illusion d'un talent en héritage, les effets non pas du hasard mais des répétitions plein pot.

Mais pourquoi pas plus loin aux sources, jusqu'au désir d'être accompagné ? Peut-être parce que ce désir-là passe au second plan en coaching (oui, plutôt après les écoles et les diplômes) et ça passe souvent à l'as alors. Pourtant c'est le passage obligé en psychanalyse : aller sur le divan - beaucoup, passionnément, à la folie - avant de passer derrière. 

Et à la fac, c'est Franck qui est à la prise de son qui m'a posé cette question-là en aparté : « Etre accompagné d'accord, mais qui choisir ? » D'accord, je lui ai dit, mais pas en catimini ni en passant. Et j'en ai fait le thème de la séance de vendredi.

Et juste avant, j'ai proposé un apéro sur l'illusion de nos réussites et le bonheur de nos insuffisances.

A la fin de ce billet, la bande-son de cette séance-là aussi. 

06
AVR 16

De fil en fil

Sur le métier à tisser de celui qui aime accompagner, au naturel et sans chichis, il y a le fil des séances, le fil de la relation, le fil des associations libres et de l'inconscient et plein d'autres bouts de ficelles.
Et tous ces fils-là, c'est la même pelote au fond et c'est tout un art que d'aimer démêler ou tricoter tout ça ensemble et en continu. Oui, aimer accompagner au long cours et pas à saute-mouton alors.

29
MAR 16

Pas de feedback ni de selfie

Votre plus grande réussite en coaching ? ❞ Je réponds à un dossier de référencement coach, là, et je tombe sur ça. C'est fou, je trouve, cette question-là. Alors j'imagine un instant un QCM :

Votre plus grande réussite en coaching c'est quand :
a. Votre client ne vous demande plus de feedback ni de selfie (oui, genre test ou profil de personnalité).
b. Il découvre que les "atomes crochus" c'est juste une image, pas une formule chimique de l'attachement.
c. Il commence à vraiment vous détester.
d. Il arrête de croire au Père Noël (ou de vous parler de sa mère).
e. Un beau matin, il ne revient pas.
f. Il recommence à vous parler de sa mère.
g. Autre.

Et puis, une fois moins énervé, j'essaie de répondre à la question posée (et c'est bizarre ce besoin de faire mon malin avant de répondre ; c'est infantile sans doute), parce que c'est vrai qu'en coaching il y a des résultats "attendus", des "indicateurs de réussite" 

17
MAR 16

Un peu comme une glace sans tain

À la fac du coaching, à Paris 2, il y a un étudiant qui enregistre les séances de supervision. Oui, il me demande si je suis d'accord et il pose son magnéto entre deux chaises, enfin sur la chaise entre lui et moi. Et ça m'a un peu gêné la première fois.

Comme il est dans le monde du cinéma (il joue dans des films policiers mais pas que, je crois), je me suis dit ça va faire genre "moi aussi, je fais mon cinéma, là" ou peut-être tout le contraire : si je me sens sur écoute, je risque d'essayer de me contrôler et avec les associations libres, sans censure ni morale donc, ça va pas le faire.

Mais j'ai décidé de laisser faire pour voir ce que ça pouvait faire d'autre, à la fois la première fois et les fois d'après. Je fais ça parce qu'aujourd'hui je n'ai plus trop besoin de faire mon mariole ni le coincé je crois.

Et donc avec le magnéto, pendant chaque séance, c'est comme s'il y avait une glace sans tain. Pour moi c'est comme ça, mais pour les étudiants je sais pas du tout et peut-être que la prochaine fois je leur proposerai un temps pour analyser ça (parce que même s'ils font ça avec les autres profs c'est quand même pas une raison).

 

10
MAR 16

Mon antisèche dans la poche

Le coaching c'est une promesse de progrès, genre : "se transformer", "changer", "se développer", "gagner en leadership" ou en "autonomie", etc, etc.
Mais revenir sur les bancs de l'école – enfin à l'université –, là, comme aujourd'hui, ça a un côté un peu "régressif" non ? Ça ramène en enfance mine de rien… Et c'est l'un des paradoxes de l'accompagnement : aimer revenir un instant et plus sur les chemins de son histoire intime pour changer vraiment, si affinités… (vraiment, parce que des fois malgré tout ce qu'on raconte y'a pas du tout d'affinités pour ça au fond).
Et moi, là, comme je le faisais parfois à l'école, j'ai une antisèche dans ma poche. Mais finalement je les utilisais pas du tout mes antisèches, j'en avais pas besoin parce que je les avais dans la tête mais ça me rassurait au fond…

C'est comme ça que j'ai commencé l'atelier de supervision pour le master coaching à Dauphine, ce mercredi. J'en ai parlé un peu ici de ce nouveau master, avec tout le topo de la ministre sur le coaching dans la fonction publique : EM CATOP.

Et c'était sur un fil ce mercredi, sur le fil des associations libres, avec mon antisèche, enfin mon fil d'Ariane dans la poche.
C'était exigeant, je trouve, cette première session. Mais c'était bien aussi. Et je pense que ça aura des effets au fond parce que, visiblement, c'était pas du tout dans le mainstream du coaching : « Mais, mélanger tout le passé et le présent, le tout personnel et le professionnel, tout ce que vous nous dites, tout ce que vous faites, là, c'est tout ce qu'on nous dit qui est interdit en coaching » a dit un étudiant tout à la fin du voyage.

A suivre donc…
 

27
JAN 16

Un Master Coaching à Dauphine aussi

« La création de l'EM CATOP de l'Université Paris-Dauphine est un projet expérimental ambitieux qui accompagne l'émergence d'une nouvelle filière de professionnels de l'accompagnement des dirigeants, des collectifs de travail et des organisations […] »

EM CATOP ça veut dire "Executive Master Coaching et Accompagnement de la Transformation des Organisations Publiques" et ça c'est un bout de l'intro du programme auquel je vais contribuer ; à ma manière.

Ce qui m'accroche ici c'est le côté "recherche-action et laboratoire" centré sur cette filière et cette forme-là du métier : des coachs du dedans, le secteur public, une pratique à créer, une forme de coaching institutionnel… (cf. vidéo de la "leçon inaugurale" de Maryline Lebranchu, à la fin de ce billet) ; centré aussi sur "les forces d'intervention et de transformation des organisations". Parce que les "forces d'intervention" ça augure d'emblée du "programme de défense" que ça va déclencher en face, enfin chez les agents coachés, en séance ou en coulisses.

11
JAN 16

Dis-moi ce que je dis

Libres interprétations en coaching. C'est ça que j'ai bien aimé explorer vendredi soir avec les étudiants à Paris 2 et en mode recherche-action. Parce que les interprétations ça a pas vraiment cours en peuple coach, alors que chaque outil est une interprétation mine de rien : le triangle dramatique, les profils de personnalité…

Et les libres interprétations c'est réputé sauvage ou abusif souvent, alors que ça va de pair avec les associations libres. Naturellement.

En partage, là, mon topo pour cette séance et, en bonus aussi, un extrait de la bande-son de ce soir-là : de cet instant juste avant de se laisser aller, accompagner en duo, sans "avoir un objectif", sans vouloir "reformuler" ni "donner un feedback"… Juste écouter la musique de l'autre, être sensible à ce que l'autre cherche à dire, derrière les mots, entre les lignes… et à qui il veut dire tout ça

J'ai choisi une image toute rouge pour ce billet parce que ce soir-là, chaque étudiant s'était habillé avec du rouge, un peu ou beaucoup. Ils s'étaient donné le mot, j'imagine. Et c'était sans doute comme un clin d'œil à la séance d'avant « Désirs & Défenses » où les mots que je posais étaient déjà interprétés, sur un mode ambigu, sexuel souvent… Prémices d'une écoute polysémique ou jeux d'enfants ou dynamique de groupe et tout ça à la fois…

07
DéC 15

Désirs & Défenses

« Après les associations libres, à fleur d'inconscient, et puis les voyages à travers l'espace et le temps, immobiles mais décloisonnés toujours, allons un pas plus loin ce soir et dans les coulisses de l'accompagnement : désirs & défenses, pulsions & inhibitions, en coaching comme ailleurs ; et plutôt du côté de nos défenses, de nos "mécanismes" intimes et originels que nous tricotons dans nos relations ; pour empêcher ou fuir nos désirs justement…  »

C'était vendredi soir à Paris 2, pour le Master Coaching, 3ème séance de supervision en groupe. Et ce thème des défenses, j'ai proposé de le défricher en mode voyage, toujours, et autour des "premières fois" :
 . Voyage en terres de coaching : rencontres préliminaires ou préalables, avec ou sans rituels alors
 . Et puis voyage aux origines…  peau à peau, peut-être, ou autrement…

Et c'est d'abord le désir que certains étudiants auraient voulu explorer ce soir-là et pas du tout les défenses. Mais moi, je me suis défendu, enfin j'ai tenu bon alors !

29
NOV 15

Me faire la peau

Il est bien vieux mon blog, il a 8 ans et demi. "Lâche-le et investi dans un autre ! Tu as tellement changé !" me lancent parfois ceux qui voudraient mon bien.

Mais depuis ma toute première note  c'était sur l'éloge de l'intimité – il a aujourd'hui plus de 500 billets en ligne mon blog, et c'est comme un journal intime pour moi, alors je veux pas l'abandonner, même s'il est vintage.
Il y a aussi les VRP de la techno qui me spamment ou forcent ma porte pour lui faire la peau neuve, pour qu'il soit
Responsive design compatible mobiles & tablettes ; et pour améliorer mon référencement alors.

Mais moi, je cours pas après le référencement et puis il me faut du temps pour changer. C'est pas que je résiste à l'obsolescence programmée, là, c'est que j'étais encore en pleine transhumance par ailleurs. 

08
NOV 15

Voyages sans frontières

« Voulez-vous prendre pour époux le même homme que votre mère ? (NDLR : enfin, le même genre d'hommes)
Et vous, voulez-vous prendre pour épouse, etc, etc… »

Il paraît que j'ai dit ça à la séance d'avant me confie, en aparté, l'une des étudiantes du Master Coaching. J'ai pas dit ça comme ça mais c'était l'idée (genre "Quand on aime, inconsciemment, on aime retrouver du même, du même que papa-maman. Et pour ça, on choisit un compagnon, ou une compagnone, comme l'un ou l'autre, ou un mélange des deux.")

Et l'étudiante-coach, là, elle a scénarisé ça en mode cérémonie de mariage. Cette idée l'a beaucoup marquée, elle me dit, parce qu'elle a réalisé qu'elle avait choisi un homme genre "tout le contraire de l'homme de sa mère" (NDRL : que son père donc), mais "à la fin, c'est revenu au même."

C'était vendredi soir à la fac pour la 2ème séance de supervision en groupe, sur le fil des associations libres toujours, et sur le thème : Sur un air de famille, résonances & jeux de transfert.

J'ai proposé de voyager en duo, à travers l'espace et le temps. A saute-frontières alors.

Là, en partage, mon topo pour cette séance. Et puis à la fin de ce billet un bonus inédit aussi.