24
NOV 16

Des liens avec l'envers des choses

"Danser devant le buffet", "Accoucher d'une souris", "Passer sous les fourches caudines" C'est Anastasia D, la directrice du cabinet d'études, qui sortait ces formules très imagées. Au début, j'ai cru que c'était de la poésie surréaliste ou bien des énigmes, mais ça revenait souvent alors j'ai compris que c'était des expressions populaires. Je ne connaissais pas cette manière de parler. C'était comme une nouvelle langue étrangère bien plus vivante que le latin de messe.
Anastasia D sortait ça à la mairie d'Amiens ou de Villejuif, à la SNCF ou au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Je l'accompagnais pour m'imprégner des problèmes de mobilité dans les villes et tout autour. Parfois on allait aussi au Parti Communiste parce qu'elle faisait du conseil en communication.
Hugues O, son fils, venait aussi. Il était sociologue, il parlait avec beaucoup de savance et il écrivait plein de rapports sur les gens et leurs stratégies de déplacement, seuls ou tous ensemble. Il noircissait des pages et des pages pour la secrétaire, comme s'il faisait une thèse à chaque fois. Il réfléchissait beaucoup aussi et il fumait tout autant dans son petit bureau qui était comme une chambre à côté de sa mère.

09
NOV 16

De la supervision en groupe au groupe supervisant

Eva et moi nous aimons ouvrir en janvier prochain un groupe pour "accompagner ceux qui accompagnent" et faire ainsi du "travail de soi" une source vive du travail d'accompagnement des autres, en individuel, en groupe ou en collectifs humains.

Un groupe animé en duo donc et aussi un groupe "supervisant". A l'écart ainsi des sentiers battus de la supervision autour d'un modèle ou d'un maître.

Quelques lignes alors sur ce qui nous anime.

 

06
NOV 16

La langue des histoires

« Fais le beau, Attaque ! », mon histoire en écriture, ça continue. Un nouvel épisode, là.

Et d'abord, quelques lignes sur le feuilleton précédent : « Côté passager »

Dans la voiture du frère dominicain, sur le chemin vers la Dordogne, je voyageais aussi dans ma tête. Des souvenirs de rodéo dans une Jeep de l'armée, un passage éclair dans une école pour moniteurs d'auto-école et aussi un accident avec ma mère, dans sa Renault 14. Le coté passager c'est aussi la place du mort mais je l'ai échappé belle, là.
Arrivé à Mézels, dans la chapelle, j'ai découvert un étrange rituel pour les postulants au noviciat. Alors, après ça, j'étais impatient de rentrer à Paris.

 

02
NOV 16

Un manager à nu #2

"Analystes et écrivains sont des rôdeurs de frontières, le domaine qu'ils fréquentent et dont ils reviennent avec des mots vivants n'appartient à personne, et le temps des urgences et des délais, des commencements et des fins, n'y a pas cours." C'est François Gantheret, qui écrit ça dans son essai "La nostalgie du présent".

Ce psychanalyste-là aime passer tour à tour du fauteuil à sa table d'écriture, et c'est aussi ce voyage-là que Yvon Alamer a aimé entreprendre dans son ouvrage "Un manager à nu".
Il n'est pas du tout psy, Yvon, 
non c'est « un mec qui est plus ou moins cadre dirigeant dans une grande société qui vend de l'image et du bien-être » dit-il, et « un mec qui n'a pas beaucoup profité de son enfance, qui a fait des études, marié (avec une femme), trois enfants (de la même épouse), plus ou moins tous ados » il ajoute.
M
ais, avec une séance chaque semaine à l'atelier, il est devenu un peu "analysant" et il a attrapé le goût des mots, des mots parlés et des mots écrits.

Deux ou trois extraits de son livre, en partage, là.

 

01
NOV 16

Un manager à nu #1

Je sais bien que ça ne se fait pas mais, pendant que je l'accompagnais, je ne pouvais pas m'empêcher d'écrire. Irrésistiblement. Un, deux et trois billets. À la fois sur lui et sur moi, sur des histoires d'avant et d'aujourd'hui, sur le sale et le lait, sur le grognon et ce qui pue, sur la cruauté de l'enfance et les tondeuses à gazon… 
Parce que ce n'est pas une excuse mais les jeux de transfert, ça entremêle toujours beaucoup de soi et de l'autre. Sur le coup. Alors je ne pouvais pas m'empêcher d'écrire. Et c'est souvent dans l'après-coup que ça se comprend.

J'ai caché les trois billets au fond de mon blog mais, un beau jour, il les a découverts.
– Vous écrivez sur moi, il m'a dit.
– Oui, c'est à vous d'écrire votre vie si vous voulez, j'ai répondu sans trop me démonter. Et il m'a raconté que sa mère aussi écrivait pour lui quand il était petit d'homme. Chaque dimanche soir, il lui demandait de faire ses rédactions. Alors il m'a pris au mot. Oui, il a essayé de changer un peu le sens de l'histoire.

Un, deux, trois. Trois premiers billets de son cru, comme un journal intime et sur le fil des associations libres. Et puis d'autres encore, au fil de nos séances. Et puis après aussi. Et tout ça aujourd'hui c'est devenu un livre. Ça s'appelle "Un manager à nu". C'est publié chez Kawa et avec un pseudo parce que c'est intime toujours. Je n'ai jamais lu ça ailleurs.
Et depuis, j'ai arrêté d'écrire sur lui. Enfin juste quelques lignes, pour la préface.

Eva a aussi rencontré Yvon, c'était à un atelier de campagne, et alors elle a aussi écrit une page pour son livre. C'est là sur son blog :  « Manager analysant »

Et mon prochain billet, ici, ce sera un large extrait du livre d'Yvon parce que c'est vraiment bien ce livre-là.

 

28
OCT 16

A l'écoute de l'inconscient

« Ici, on franchit les limites de l'intime, mais sans limite. » « C'est plutôt votre question qui est bizarre. » « Il n'y a pas de cadre. » …
Ça c'était des réponses à ma question, l'autre soir, pour la première supervision en groupe à Paris 2 : Qu'est-ce qui, là, ce soir, vous semble peut-être un peu bizarre ou saugrenu, plutôt étrange ou étranger ?
Oui, j'ai commencé comme ça, pour mettre chacun un peu dans l'ambiance, parce que le sujet c'était : A l'écoute de l'inconscient.
En soi et en petit groupe alors. Et en mode supervisant plutôt que supervisé

24
OCT 16

Confidences d'une coiffeuse

– Dis, ça te dirait d'écrire une note, genre l'œil du psy, pour "Bigoudis", un livre à paraître sur les coulisses des salons de coiffure ?
C'est Henri Kaufman, le boss éditorial de Kawa, qui m'a proposé ça cet été. Et moi, sans trop savoir pourquoi – enfin si, parce que j'aime beaucoup les coulisses et l'envers des choses –, j'ai aimé dire Oui.
Alors j'ai pris le temps de découvrir le manuscrit en écriture de Christine Rosana :

« À cette époque, la mode ne s'éparpillait pas encore en tendances, il n'y en avait qu'une et elle sacralisait les blondes platine. Pour faire les décolorations, on envoyait la nouvelle apprentie que j'étais quérir un très précieux élixir. Deux fois par semaine, je me rendais à la droguerie et j'avais pour mission d'acheter de l'eau oxygénée titrée à 110 volumes. Je laisse apprécier les connaisseurs. Pour les profanes, sachez que le maximum autorisé dans la profession était de 40 volumes. »

Ça c'est un extrait. Et j'ai adoré. Ça et la suite. Alors je me suis laissé écrire à mon tour sur ce qui se trame d'incroyable mine de rien – enfin de pulsionnel –, pour ces artisans de l'intime et aussi pour nous-même, à leur contact. Oui, pourquoi nous aimons tant nous faire papouiller, prendre la tête et nous faire couper comme ça, impunément, des parts de nous-même ?

Et finalement ça s'appelle "Confidences d'une coiffeuse" et ça vient de paraître. Chez Kawa donc.
La suite de l'extrait, là :

« Si par malheur, lors de la préparation du savant mélange quelques gouttes atterrissaient sur mes doigts, la brûlure qui palpitait sous la mousse blanche était fulgurante. Même en rinçant immédiatement la peau avait déjà rougi.
Sans aucun complexe, avec ce liquide que certain surnommait « l'eau bénite », nous exécutions les décolorations complètes de la chevelure ou seulement quelques mèches.
La plupart du temps, dès l'application du mélange, la réaction chimique ne se faisait pas attendre. Fumée au-dessus du crâne, picotements d'abord puis douleurs ensuite, du châtain le plus sombre, les cheveux passaient au platine le plus pur. Dans notre jargon nous disions que la dame était cuite. Le cuir chevelu l'était en tout cas, décapé au mieux, au pire boursouflé, cloqué, régulièrement perlé de sang. On peut dire sans ambages que nous jouions avec le feu ! »

Et puis mes lignes en avant-propos de l'ouvrage, ici.
 

21
OCT 16

Côté passager

Un nouvel épisode de mon autofiction en écriture, "Fais le beau, Attaque !"

Et juste avant, là, quelques mots sur le feuilleton précédent "Ça pique mais c'est bon" :

J'ai récupéré l'avis d'impôt de mes parents sans effraction et j'ai obtenu une bourse d'études sans souci. 
Le père dominicain m'imaginait devenir critique d'art, un peu comme ma mère me voulait pilote de ligne ou général d'armée. Et là, je pars en Dordogne avec lui, dans sa résidence d'artistes.

 

13
OCT 16

Histoires de vie

Au bureau ou dans vos amours (ou les deux peut-être), il y a quelque chose qui parfois finit par dérailler ou se coincer. Ou alors ça stagne et ça s'enlise et ce n'est pas vraiment mieux.
Alors vous essayez de vous accrocher ou de changer ce qui peut l'être – changer de boss ou de boîte, d'amoureux ou de vie –, mais ça continue, encore et encore.
Et il y a derrière tout ça comme une impression de déjà vu. Un air de famille même. Pourtant c'est tout le contraire de l'histoire familiale que vous recherchiez. Alors vous vous demandez pourquoi l'histoire se répète comme ça ?!?

11
OCT 16

Un nouveau roman d'Amélie

Hygiène de l'assassin, Métaphysique des tubes, Stupeur et tremblements… J'aimais beaucoup lire les tout premiers romans d'Amélie Nothomb et puis j'ai arrêté, je ne sais plus trop pourquoi (enfin si, je crois que c'est quand j'ai perdu le goût du loufoque).

Et l'autre jour, à la librairie – côté campagne –, il y avait Riquet à la houppe le nouvel opus d'Amélie avec, accroché à la couverture, un cœur en papier cadeau. J'ai feuilleté, j'ai lu quelques pages, ça parlait d'une de mes énigmes de toujours : mais pourquoi on s'attire et on se relie ? Certes les corps s'attirent proportionnellement à leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance, mais c'est plus fort quand tout semble les opposer : le beau et le laid, le simple et l'esprit, la belle et la bête…

J'aime beaucoup. C'est un conte de Perrault revisité et il y a, dans le désordre, du champagne, de la poésie, de la cruauté, des oiseaux, des parents à l'ouest, de l'amour qui finit bien, de l'enfance, de l'adolescence, encore des oiseaux Et c'est vraiment délicieux ainsi ce nouveau roman d'Amélie Nothomb.

06
OCT 16

Ça pique mais c'est bon

Mon autofiction en écriture, "Fais le beau, Attaque !", se déplie comme un feuilleton à présent ; et, là, ça continue.

Si vous avez raté "Aussi tabou que l'amour", l'épisode précédent :

J'étais en fac de sciences éco et j'ai découvert que je pouvais peut-être avoir une bourse d'étudiant, alors j'ai voulu mettre mon nez dans les histoires d'argent de mes parents.
Et 
entre deux cours, en faisant le ménage, j'ai rencontré un père dominicain qui tenait une galerie d'art, au bout du pont de l'Archevêché

30
SEP 16

Accompagner en groupe

Ça faisait déjà un bon moment qu'Eva et moi on avait envie d'attraper quelquesl pixels et décibels sur notre manière d'accompagner. Oui, attraper un instant le fil du chaos, du désir, des doutes, de la confusion, du mystère et de la surprise… parce qu'accompagner c'est aimer se laisser chatouiller par tout ça à la fois. Et quand c'est en groupe, c'est plein pot. Et les techniques de coach n'y peuvent pas grand chose ici.

Alors voilà ! L'autre jour à la campagne, c'était le début de l'été et il y avait un nouvel atelier De fil en fil. Véronique, Marie-Caroline, Vincent et Emmanuelle – coach ou manager, consultant ou formatrice , voulaient y voir clair dans tout ça. On avait aussi invité Alexandra, une gentille "barbare", rencontrée dans une chapelle et qui, caméra au poing, nous accompagne ici ou .

Voici quelques instants de cette journée-là, quelques minutes saisies, décousues ou tricotées ensemble autour de Marie-Caroline qui a questionné autour d'elle, comme pour enquêter sur ses coulisses et sa tribu d'origine, sur ce qui se cache derrière les gestes et les intentions des artisans du soin ou du lien.

25
SEP 16

Aussi tabou que l'amour

"Les belles vitres font les belles lumières." Il m'avait écrit ça sur une carte de sa galerie d'art. Les lumières c'était celles d'un matin d'automne, avec le soleil dans les arbres et Notre-Dame juste en face. Il avait signé Frère Gilles parce qu'il était dominicain. Il n'avait aucun autre signe extérieur de son alliance avec Dieu et je l'ai imaginé un instant au beau milieu d'un monastère, en chasuble ou en robe de bure, avec ceinture de chanvre et sandales. Et peut-être avec quelques autres de sa confrérie. 

Moi, je venais de laver l'immense baie vitrée et les portes de verre de la galerie. Dedans-dehors, enfin dehors et puis dedans. 
Ce job d'un instant ça venait d'une agence chic à deux pas du Trocadéro qui proposait aux étudiants des missions genre coursier, homme de ménage ou chauffeur de maître pour des gens chics aussi. Ces gens-là me demandaient à nouveau et me recommandaient entre eux, alors je passais pas mal de temps comme ça, entre les cours en amphi et les TD à la fac, avec le sceau, la raclette ou l'aspirateur à la main.

Il y avait aussi le samedi soir, dans des châteaux de famille, pour les cousinades ou les mariages de jeunes filles avec chevalière et robe en organza de soie. Et moi j'étais dans les coulisses avec le champagne et les petits fours salés et puis sucrés.