13
AOU 15

Plutôt qu'appeler la maréchaussée

Je n'avais jamais écrit comme ça. Enfin, je veux dire, sur le fil des associations libres. Vraiment.
Ça, je le réservais au divan. Alors quand cette histoire-là était finie (même si c'est jamais vraiment fini, au fond), je me suis dit si j'en fais une note de blog, ça va encore faire déguerpir plein d'abonnés. (Surtout que, maintenant, il y a des DRH qui s'abonnent à ma newsletter.)

Fais une intro pour faire passer la pilule, je me suis dit. Sur l'obsolescence programmée ou le transhumanisme par exemple, sur les applis mobile ou les jeux de transfert, sur le trauma ou le besoin de magie, comme dans l'enfance…

Mais là c'est l'été et j'ai pas réussi.

*

 

27
JUI 15

Rêve ou cauchemar ?

Et vous vous êtes réveillé alors ? elle me demande.

– Oui, je vous l'ai dit, je lui dis.

– Alors c'est un cauchemar ! elle ajoute.

Ah, d'accord ! je me dis ; et c'est aussi la réponse à une question de la séance d'avant, quand j'évoquais le rêve de Chloé – cette jeune femme que j'accompagne et qui tue sa mère et ses sœurs et puis après se fait tabasser par sa boss en Twingo – pour lui demander si c'était vraiment un cauchemar ça ? Car comédie romantique ou film d'horreur, si le rêve c'est toutes nos pulsions refoulées, qu'est-ce qui fait la différence au fond ? Mais ma psy ne m'avait pas répondu.

Et moi, là, le rêve que je viens de lui raconter, c'est une histoire de meurtre aussi. Des meurtres en série et au couteau. Et puis un suicide après. Ça commence avec un homme qui égorge des curés. Et ça se passe dans le désert. Je sais que ce sont des curés parce qu'ils sont en soutane. Mais l'égorgeur est de la même race que les curés et c'est bizarre, je trouve, qu'il les tue, un par un.

Moi, je suis le dernier du groupe à devoir y passer mais je sens bien au fond que l'homme ne pourra pas m'avoir. Parce que je sais que je peux marchander, négocier avec lui. Alors je commence à lui parler, à parlementer. Et ça marche bien sûr. Alors, lui et moi on se retrouve dans un grand bâtiment administratif, genre mairie. Il se laisse faire et je réussi à le pousser au suicide ! Il se jette du haut d'un grand escalier de marbre. Mais la première volée de marches ne suffit pas, alors je lui dis de recommencer et il tombe encore et il s'écrase enfin tout en bas de l'escalier. Mais, à ce moment-là, un autre homme mystérieux surgit et me demande pourquoi je fais ça ? Hein, pourquoi ?!

Et c'est là que je me suis réveillé.

12
JUI 15

Qui a commencé !

Je me ballade en vélo ou en trottinette avec mon frère. On est en enfance. Soudain il y a une femme en voiture pas sympa du tout qui stoppe brusquement devant nous. Et elle sort de sa voiture. Et elle veut nous faire la morale mais je ne sais pas trop pourquoi au fond. Et c'est plutôt dirigé vers mon frère. Alors je m'arrête et je l'insulte à mon tour. Je lui dis qu'elle est vieille, grosse, vraiment très moche et je lui balance plein d'autres gros mots pour bien la blesser au fond mais dont je ne me rappelle pas à présent.
Alors elle pique une grosse crise de rage. Mais mon frère et moi on file illico et à grande vitesse, en vélo ou en trottinette toujours. Et j'ai très peur que la femme nous poursuive. On traverse des petits villages de pierre dans le Sud Ouest de la France, genre Saint-Antonin Noble Val ou Cordes-sur-Ciel. Mais mon frère, derrière moi, va beaucoup moins vite hélas, alors j'ai peur que la méchante femme le rattrape.

Je me réveille parce que je crois que quelqu'un me dit que la femme est maintenant très très mal en point, genre crise cardiaque. Et que tout ça c'est peut-être de ma faute. Mais c'est elle qui a commencé, non !? je me dis.

08
JUI 15

Les yeux plus gros que le ventre

En coin ou de biais, par en dessous et de travers C'est ainsi que jusqu'alors j'aimais ajouter à mon regard plein de mots et de manières. Et je croyais que ce regard-là c'était pour veiller au grain, parer au pire, autour de moi et depuis toujours. Regard en coin ou de travers. 
Une manière de vivre aussi. Toujours en alerte, au fond. 

29
JUN 15

C'est sale ?

 Ça m'a fait vraiment bizarre de vous serrer la main, là, en entrant, je lui dis. 

Je lui dis ça à peine allongé alors que d'habitude je me torture pour savoir comment commencer. Et je continue :

 Je sais bien que c'est un rituel social, mais ce soir soudain c'est très bizarre pour moi. Je crois que certains psys ne font pas ça : ils ne touchent jamais leurs patients. Et c'est peut-être à cause de ce côté bizarre au fond.

 Et moi, je sers la main, elle dit.

Elle me dit ça du tac au tac comme pour enfoncer le clou ou peut-être qu'elle se sent attaquée dans sa manière de faire là. Mais je ne cherche vraiment plus la bagarre avec elle à présent. Ou alors c'est de plus en plus inconscient ! 

Et je continue :

17
JUN 15

Libres accordages

–  Là où il y a Pégase et des lions d'or ou de pierre, je t'ai proposé.

–  C'est le pont Alexandre III, tu m'as dit.

Rive gauche ou rive droite, sur le dessus ou le dessous, on s'est retrouvé au beau milieu de ce pont-là, sans trop de textos ni de soucis.

Il faisait très chaud ce soir-là et c'était noir de monde sur les quais, devant le Rosa Bonheur et jusqu'à la Concorde. Tous les hipsters et les touristes, tous les ados et même les geeks étaient agglutinés sur les berges de béton comme pour se tenir encore plus chaud. Et comme sur la côte d'azur alors. C'est vraiment bizarre ce besoin de grégarité.

04
JUN 15

Qu'est-ce que ça cache ?

– Peut-être que vous cherchez au contraire à m'obscurcir avec tout ça ?

Avant, je croyais qu'elle posait un point d'exclamation à la fin d'une question comme ça ; comme pour me chercher, pour m'agacer. Mais maintenant j'ai compris que c'est moi qui viens la chercher et que c'est une vieille histoire ça. C'est ça, je crois, la "névrose de transfert" : répèter une manière intime, et rigide au fond, d'être en lien. Et le divan ça me va bien pour découvrir ça, parce que je ne la vois pas, parce qu'il n'y a pas trop de parasites alors. C'est comme si je chinais en enfance.

Et elle, même si ça ne se voit pas sur le divan, elle met simplement un point d'interrogation à la fin de sa question. Et cette envie que j'ai peut-être de l'embrouiller, de l'obscurcir, elle me dit ça une fois que j'ai fini de déballer tout mon bordel, toutes mes histoires du moment et toute la confusion qui va avec, et qu'alors je lui demande :

– Vous y voyez sans doute clair, vous, dans tout ce bordel ?!

24
MAI 15

Je t'ouvre ma maison

Pour retourner là-bas, en ces jardins dont tu as encore peur hélas d'être chassée, tu as aimé enfiler une robe de soie et de la couleur du sang après la vie. Avec une ceinture nouée nonchalamment dans le dos. Comme une invitation à te prendre, là, par la taille.
J'ai deviné que par-dessous, pour couvrir tes fesses et ta mangue, rien. 
Parce que c'est le week end, as-tu murmuré. Comme une évidence.
Et pourtant il faisait tellement frais au dehors. J'ai hésité à glisser ma main dans le creux de tes jambes, tout doucement, et ne serait-ce qu'un instant. J'ai hésité parce que ça te chamboule alors et au dedans. Et puis, après, ça risque de se terminer en expédition sous-marine, dis-tu.

On est parti dans ton auto-tamponneuse à moteur thermique.
J'ai aimé t'envisager et puis me perdre du côté passager de ton visage. On a traversé des terres enfin inhabitées. Et tu me racontais des histoires tristes de l'enfance. Tu avais oublié de brancher la clim pour aérer.

Une fois arrivés là, au beau milieu des champs de blé et de colza, à la lisière de la forêt, tu as préparé des pâtes fraîches avec de la coriandre à fleur de pot. On a déjeuné sous les nuages, devant la mare et les premiers nénuphars.
Les grenouilles faisaient l'amour et chantaient 
Vagabond ways de Marianne Faithfull. Les deux poules ont dansé un instant autour de nous. Un peu comme dans les booms, quand la lumière hache le mouvement, as-tu remarqué.

La pluie est venue tout doucement.
Et toi, tu es partie te glisser entre les draps, dans le lit sous le toit.
Viens, je t'ouvre ma maison, as-tu murmuré.

***

20
MAI 15

Par surprise

Juste avant de m'allonger, j'observe un instant la prise électrique, là, bien intégrée dans la plinthe tout à côté du divan. Mais elle est déjà utilisée cette prise-là, je me dis. Et puis je ne sais pas trop ce qu'il y a à l'autre bout du fil. C'est sans doute sa lampe halogène, mais il fait encore jour à cette heure et elle ne devrait pas en avoir besoin. Et elle, elle s'est déjà assise, je la regarde par en dessous et elle me regarde, je crois. Elle doit se demander ce que j'attends et je finis par m'allonger.

– Mon mobile est complètement déchargé, je lui dis sans détours. Et tout à l'heure je vais retrouver Eva, près de l'Etoile. Mais j'ai peur de ne pas la retrouver. Ça m'agite, ça me stresse au fond. Et sur le chemin en venant ici, j'ai pensé vous demander de brancher mon portable le temps de la séance. Mais je ne sais pas trop si ça fait ? Ni comment vous allez prendre ça ?

– …
 

14
MAI 15

Dans les embrouilles de l'enfance

"Notre vie se passe toujours, sans que nous le sachions, sur deux scènes à la fois. L'une est réelle et consciente, l'autre est inconsciente, et les deux scènes peuvent se mêler et nous conduire à des sentiments, des angoisses et même des comportements que nous ne comprenons pas…" Claude Halmos, comme une invitation à aller voir la "deuxième scène" alors

*

23
JAN 15

A l'image de ma vie

"La connaissance de l'inconscient montre quelque chose de difficilement réalisable, l'autonomie et la puissance de vie en nous, l'existence d'une pensée qui nous transcende, qui concerne notre vibration singulière, mais aussi, au-delà de nous, l'universalité de l'esprit."
C'est Elsa Cayat, la psychanalyste qui tenait la chronique "Charlie Divan", qui disait ça fin décembre en parlant du "palpitant de la pensée".
La sauvagerie qui s'est abattue sur elle et ses compagnons du rire invite, je trouve, à plus de conscience de cette part sauvage en chacun de nous aussi, au fond.
Et moi, sur le divan, je commence enfin à faire sauter quelques verrous, je crois ; rêves sans censure, bagarres, fantasmes, trafics et secrets inavouables, mon inconscient me donne le vertige alors.

*

06
DéC 14

Le Gorafi coach

Elle se fait superviser par un psychiatre parce que c'est remboursé par la sécu et ça ne dure que 30 minutes.

Il soumet sa cliente à toute une batterie de tests de personnalité (MBTI, Process Com, Success Insights) pour éviter de la regarder.

C'est le genre de posts que depuis quelques jours j'aime écrire sur ma page Facebook et en mode Gorafi, ce journal satirique de fausses informations en ligne.

C'est bien loin de mes rêveries poétiques, des haïkus imparfaits ou des histoires dans l'intimité du coaching ; ça semble inventé ou loufoque, impossible ou absurde mais ça vient de faits bien réels et en direct du peuple coach !
C'est aussi un besoin personnel et irrépressible, jusqu'alors refoulé ou timoré que je découvre sur le divan : plonger pleinement dans l'impertinence et l'insolence. C'est réactionnel 
certes, et ça fera pas long feu, mais c'est rafraîchissant face à la course aux outils, aux tests, aux diplômes, aux accréditations.

Et d'autres micro-fictions bien réelles en partage ici :
 

04
NOV 14

C'est pas de la micro-fiction

A la tombée du jour, boules de fer & cochonnet, double décimètre et chiffonnette soyeuse au creux de ses mains, cet homme-là joue toujours tout seul sur l'immense carré de sable derrière l'hôtel des Invalides.
*
- Dis, que fait le pigeon-voyageur quand au bout de son voyage plus personne hélas n'habite à l'adresse indiquée ?
*
Elle m'écrit que ce baiser-là elle me l'envoie en poste restante.
Mais un texto, c'est toujours en poste restante non ?
*